Sur Pluton : des montagnes transportées par les glaciers de la plaine de Spoutnik

glaciers sur Pluton
À droite, dans l’encart, portion de la plaine Spoutnik imagée le 14 juillet 2015, lorsque New Horizons était à 16.000 km de la surface. L’aire qui se situe à la limite avec la moitié droite du « cœur », couvre 340 sur 500 km. La résolution est de 320 mètres par pixel. « Hill chains » désigne des collines ou montagnes de glace d’eau, des icebergs, formant des chaînes. Quand ils sont regroupés, il s’agit de « hill clusters ». « Challenger colles », en haut de l’image, pourrait un groupe échoué à cause du manque de profondeur de la mer de glace d’azote (celle-ci domine la région). « Rugged uplands » marque des reliefs rugueux. L’érosion des glaciers d’azote semble emporter des blocs -- Crédit : NASA, JHUAPL, SwRI

Des montagnes de glace d’eau transportées par les glaciers d’azote dérivent sur Pluton, dans la région de Spoutnik. Ces icebergs se rassemblent, semblent-ils, entre les cellules de convection qui remplissent cette vaste plaine qui compose la moitié gauche du « coeur » qu’arbore la planète naine.

Fonçant vers sa prochaine cible désignée, l’objet transneptunien 2014 MU89 qu’il devrait atteindre le 1er janvier 2019, New Horizons continue de transmettre pianissimo les données collectées durant son unique rendez-vous avec Pluton et Charon, le 14 juillet 2015. La sonde spatiale, partie de la Terre il y a 10 et un mois, est à présent à un peu plus de 5 milliards de kilomètres (35,4 unités astronomiques ou UA, c’est-à-dire 35,4 fois la distance entre la Terre et le Soleil), soit presque 5 heures-lumière, et déjà à 250 millions de kilomètres (1,6 UA) de la planète naine.

Grâce aux images en haute résolution et les portraits multi-spectres, l’équipe scientifique affine sa compréhension de ce qui se trame en surface et, in fine, à l’intérieur de ce planétoïde glacé de 2 370 kilomètres de diamètre qui arbore en des paysages très variés.

La glace d’eau apparait comme le substrat le plus dur sur lequel se déposent, au gré des saisons (elles sont interminables sur Pluton), des glaces plus volatiles comme celles du méthane, du monoxyde de carbone ou de l’azote, ainsi que l’ont montré les données acquises avec l’instrument Ralph/LEISA (Linear Etalon Imaging Spectral Array) à environ 108 000 kilomètres. L’eau affleure presque partout hormis dans la région du pôle nord et au sein de la plaine de Spoutnik, le ventricule gauche du grand « cœur » aux teintes claires baptisé Tombaugh.

glace d'eau sur Pluton
New Horizons était à 108 000 km de Pluton lorsque les vues globales, séparées de 15 mn, ont été réalisées dans l’infrarouge avec l’instrument Ralph/LEISA pour créer un portrait composite multispectral. À gauche, l’ancienne carte de la distribution de l’eau en surface. Seules pointent les régions où elle affleure ; partout ailleurs, elle est plus ou moins dissimulée sous des couches de glace plus volatiles comme le méthane ou l’azote. À droite, la nouvelle carte, établie avec l’aide d’un modèle qui tient compte des différentes glaces qui peuvent masquer celle de l’eau — Crédit : NASA, JHUAPL, SwRI

Îles flottantes de glace d’eau

L’absence quasi totale de cratères d’impact témoigne de la relative jeunesse de la région de Spoutnik. Étudiée de très près avec l’aide de modèles, la surface de cette plaine enduite essentiellement de glace d’azote visqueuse est vraisemblablement âgée de moins de 10 millions d’années. Comme on l’a vu il y a quelques semaines, les cellules de formes polygonales qui la caractérisent, bombées au centre et criblées d’une multitude de petits trous (des pores par lesquels l’azote se sublime), seraient le produit d’une convection, à l’image des lampes à lave : la glace réchauffée dans les profondeurs remonte puis, en se refroidissant, replonge en coulant par ses bords. C’est presque un cœur qui bat, un cœur qui respire.

Sur plusieurs images détaillées de cette vaste plaine, on observe de-ci de-là des petits et gros grains de beauté, plus ou moins rugueux, coincés notamment entre les cellules. Il s’agit de véritables icebergs transportés par les flux de la glace d’azote qui dominent la région. Moins denses que cette dernière, les montagnes de glace d’eau voyagent donc au gré des glaciers. Elles sont arrachées des cordillères sur les rivages et entrainées par les mouvements de convection des cellules, dérivent vers les bords où, comme on peut le constater sur l’image présentée tout en haut de l’article, elles s’y accumulent parfois en nombre, de telle sorte que se composent des groupes mesurant jusqu’à 20 kilomètres. Dans cette aire de 500 sur 340 kilomètres, proche de la limite avec le ventricule droit du « cœur », photographiée à 16 000 kilomètres de la surface, la résolution de 320 mètres par pixel permet d’identifier les différents acteurs de la scène. Pour les chercheurs, le relief baptisé « Challenger Colles », en l’honneur des passagers de la navette Challenger qui ont péri il y a 30 ans, long de 60 kilomètres et large de 35 kilomètres, pourrait être un attroupement de blocs de glace d’eau échoués en raison de la faible profondeur de la glace d’azote. Rien n’est figé dans ce monde pourtant très froid.

Ainsi, par petites touches, New Horizons nous dévoile des instantanés d’une petite planète vivante, des portraits d’un corps qui manifeste une étonnante activité géologique en dépit de sa taille (Pluton est plus petite que la Lune, laquelle ne témoigne plus aucune activité depuis très longtemps) et de sa distance avec le Soleil…

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