Des astronomes observent une Tatooine en train de naître

exoplanète circumbinaire Kepler-453b
Illustration de la planète gazeuse Kepler-453b, la dixième « Tatooine » découverte ou planète « circumbinaire ». La plus grosse des deux étoiles a presque la même masse que notre Soleil. Ce système, découvert par transit avec le satellite Kepler, est à 1.400 années-lumière de la Terre. © Mark Garlick

Des chercheurs ont découvert que la naine blanche SDSS 1557 avait en réalité un petit compagnon. C’est donc une étoile double. Autre surprise : plusieurs indices suggèrent qu’une ou des planètes rocheuses sont en train de s’y former. Des planètes comme Tatooine pourraient donc exister !

Existe-t-il dans la galaxie, des planètes où il serait possible d’assister à des couchers de deux soleils ? La réponse est oui. La découverte de la première exoplanète en orbite autour d’une étoile double avait beaucoup surpris les astronomes, il y a une dizaine d’années. En effet, comment cela se passe-t-il pour ces mondes qui sont tiraillés par les forces gravitationnelles de leurs deux étoiles ? À quoi ressemblent-ils ? Jusqu’à présent, les planètes découvertes dans ces environnements sont des géantes gazeuses (peut-être entourée de lunes). Jamais encore de rocheuses…

Une équipe de chercheurs vient de signer dans la revue Nature Astronomy un article sur leurs observations de possible(s) planète(s) tellurique(s) en gestation dans un système binaire situé à 1.000 années-lumière de la Terre. En d’autres termes, la célèbre Tatooine, imaginée il y a 40 ans par George Lucas dans la saga Star Wars, peut exister ailleurs que dans la science-fiction…

Certes, pas encore dans le système SDSS 1557 qu’ils ont étudié mais il est permis en tout cas de penser qu’ailleurs — rappelons que plus de la moitié des étoiles de la Voie lactée sont doubles —, des planètes (ou des lunes) autour de deux soleils puissent être habitables…

Beaucoup de poussières autour de SDSS 1557

Le professeur Jay Farihi, de l’University College London, et son équipe racontent qu’il ne s’attendait pas à faire cette découverte. Au départ, ils pensaient observer une naine blanche voilée par des nuages de poussière comme ils en connaissent des milliers d’autres. Puis, petit à petit, ils se sont aperçus que l’astre, cœur ardent d’un ancien soleil, avait un compagnon, froid et plus pâle : une naine brune. Elle se cachait bien, raconte Steven Parsons, de l’université de Valparaiso et université de Sheffield, « jusqu’à ce qu’on regarde avec le bon instrument ». Et là, sa présence s’est trahie par le « subtil » effet gravitationnel sur sa voisine.

Pour leurs recherches, les astronomes ont chaussé comme « lunettes » deux grands télescopes basés au Chili : Gemini South et le VLT, tous deux équipés d’instruments qui permettent de disséquer la lumière des astres observés. Pour le système binaire SDSS 1557, ils ont ainsi pu identifier divers matériaux qui les entourent. Et pour une fois, surprise, ça ne ressemblait pas à des poussières glacées riches en carbone mais, et c’est inédit dans ces circonstances, à des restes d’astéroïdes riches en métaux, notamment en magnésium et en silices.

Autant d’indices qui invitent à penser que ces blocs, à l’instar de ceux qui ont survécu dans notre Système solaire (notamment dans la ceinture d’astéroïdes), sont impliqués dans la formation de planètes. Cela démontrerait donc que des astéroïdes peuvent se former dans cet environnement troublé que l’on pourrait croire défavorable : « […] nous voyons des signatures claires d’assemblages de planètes rocheuses via de grands astéroïdes qui se sont formés, déclare l’auteur principal de l’étude, ajoutant quecela nous aide à comprendre comment les exoplanètes rocheuses sont fabriquées dans les systèmes d’étoiles doubles ».

Pour les chercheurs, l’équivalent d’un astéroïde de 4 km de long, réduit en miettes, plonge actuellement (enfin, c’était il y a 1.000 ans) dans la naine blanche : « tous les métaux que nous voyons […] auront disparu dans quelques semaines, à l’intérieur, commente le coauteur Boris Gänsicke, de l’université de Warwick, ou alors, à moins que les débris coulent continuellement sur l’étoile ». Pour en avoir le cœur net et mieux comprendre ce qui se trame là-bas, des observations avec le télescope spatial Hubble sont d’ores et déjà programmées.

Jusqu’à présent, les chercheurs n’ont détecté que des planètes géantes autour d’étoiles doubles. Si des planètes rocheuses sont en train de se former autour de SDSS 1557, cela signifierait qu’ailleurs, il en existe déjà achevées… Alors, combien y a-t-il de Tatooine dans notre Galaxie ?

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