La comète 67P/C-G épiée par Rosetta et le VLT

67P/C-G dégazage
L’astronome amateur Bob King a assemblé quatre clichés pris par la caméra de navigation (NavCam) de Rosetta, le 2 septembre dernier alors que la sonde spatiale n’était qu’à 56 km de la surface du noyau de 67P/C-G. Le travail de l’image fait ici davantage ressortir le faisceau diffus de gaz émis par la comète

Depuis le 6 août 2014, la sonde spatiale Rosetta espionne au plus près les activités de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko à quelques dizaines de kilomètres seulement de sa surface. Parallèlement, sur Terre, de grands télescopes comme le VLT scrutent sa chevelure pour compléter le portrait de ce petit astre de 4 km de diamètre, témoin de la formation du système solaire.

Bien que difficile à retenir, le nom de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko va être de plus en plus dans nos têtes et prononcés au cours des prochaines semaines. L’agence spatiale européenne (ESA) l’a mise en effet sur le devant de la scène depuis que sa sonde spatiale Rosetta, lancée voici 10 ans, a atteint le 6 août dernier ce corps céleste bilobé de 4 km d’envergure, issu de la famille des comètes de Jupiter (JFc). Du reste, elle n’a pas vraiment atteint sa surface, mais s’en approche progressivement afin de larguer le 11 novembre prochain, à quelques kilomètres d’altitude seulement, l’atterrisseur Philae. Le site définitif choisi après délibération par les équipes scientifiques sera connu ce lundi 15 septembre.

Survolant dans un premier temps le noyau de 67P/C-G à 100 km de distance, Rosetta n’est actuellement plus qu’à une trentaine de kilomètres de sa surface. De nombreux portraits sont régulièrement envoyés à la Terre, située à environ 400 millions de km de là. Poursuivant sa progression en direction du foyer solaire, la comète voit son activité (gaz, poussières…) augmenter significativement. Son périhélie est pour le 13 août 2015, entre les orbites de la Terre et de Mars, à 180 millions de km du Soleil.

67P/C-G photo vlt
La comète 67P/Churyumov-Gerasimenko vue de la Terre, le 11 août 2014 soit quelques jours après l’arrivée de Rosetta à seulement 100 km du noyau (point lumineux central). Sur cette image composite (40 clichés de 50 secondes) réalisée au foyer du VLT-1 Antu, on distingue sa chevelure longue de 19 000 km. Les nombreuses étoiles qui normalement occupent l’arrière-plan ont été soigneusement gommées

Bien qu’au cœur de l’action, les caméras de la sonde spatiale ne permettent pas beaucoup de distinguer le dégazage. Pour l’apprécier, il faut davantage de recul. Aussi, depuis la Terre, l’astre encore très ténu laisse-t-il deviner sa silhouette chevelue se frayer un chemin devant un champ visuel surpeuplé d’étoiles de la Voie lactée (67P traverse actuellement la constellation du Sagittaire). Des astronomes ont relevé le défi et programment ainsi régulièrement le télescope Antu (son nom veut dire Soleil en langue Mapuche), l’un des quatre géants de l’observatoire du mont Paranal au Chili, le VLT (Very Large Telescope) pour observer son anatomie, son comportement et bien sûr, via le spectroscope FORS2, la composition de son atmosphère. Les chercheurs souhaitent comparer les données collectées avec celles de Rosetta afin de mieux caractériser l’abondance des différents gaz et les réactions chimiques et obtenir, à terme, le meilleur portrait qui soit d’une « boule de neige sale » cosmique.

Rosetta selfie avec 67P_C-G
Autoportrait partiel de Rosetta avec bien sûr, à l’arrière-plan, la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko (4 km de long) à quelque 50 km de distance. Cette image composite a été capturée le 7 septembre par la caméra CIVA de l’atterrisseur Philae. L’aile déployée portant des panneaux solaires mesure 14 m de longueur

Voici un mois, alors qu’elle était encore à 500 millions de km du Soleil, la coma s’étalait sur 19 000 km au minimum. Au fur et à mesure de la montée en puissance de son activité, le rythme des observations dans différentes longueurs d’onde va s’accélérer au VLT. Celui-ci sera bientôt rejoint par le Gemini Sud, Hubble (ponctuellement mobilisé) et de nombreux autres télescopes professionnels de la planète. Pour l’heure, le comportement de 67P/C-G est en accord avec les prévisions des spécialistes. Rappelons toutefois que ces astres sont, par nature, imprévisibles et que de nombreuses surprises attendent les robots explorateurs.

Gros plan sur 67P/C-G
Gros plan sur 67P/C-G photographié par la caméra OSIRIS de Rosetta

Crédit photo : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA.

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