Mercure n’est pas “morte” : après 100 000 images, la NASA découvre une planète qui “transpire” encore

Pour des générations d’astronomes, Mercure était la planète « oubliée » du Système solaire : petite, criblée de cratères, cuite par le Soleil et, surtout, géologiquement inerte depuis des milliards d’années. Ce portrait simpliste est aujourd’hui remis en cause. Une équipe internationale de chercheurs, après avoir passé au crible plus de 100 000 images haute résolution collectées par la sonde MESSENGER, affirme que Mercure présente encore des signes d’activité interne presque comme si la planète “transpirait” des matériaux enfouis sous sa croûte.

Un trésor d’archives révélé

nasa messenger mercure cratere
@Nasa MESSENGER

La sonde MESSENGER, mission de la NASA qui a orbité autour de Mercure entre 2011 et 2015, a acquis une quantité considérable de données sur la planète. Longtemps, ces images ont été analysées partiellement. Mais en scrutant méthodiquement l’ensemble de ces clichés, l’équipe dirigée par Valentin Bickel, de l’Université de Berne, a identifié environ 400 « stries brillantes » réparties sur les flancs des cratères les plus récents.

Ce ne sont pas de simples marques d’éboulements. Les scientifiques pensent qu’il s’agit de traces de dégazage : des matériaux volatils (comme le soufre ou d’autres éléments légers) qui s’échappent de l’intérieur de la planète à travers des fissures, entraînant avec eux des poussières et modifiant la couleur du sol.

Une planète plus vivante qu’on ne le croyait

Le terme « transpiration » est métaphorique, mais il illustre une idée puissante : Mercure n’est peut-être pas le caillou immobile que l’on imaginait. Ces linéae se forment majoritairement sur des pentes exposées au Soleil, ce qui suggère que le rayonnement solaire joue un rôle actif dans l’émission de ces volatils. L’énergie apportée par le Soleil fragmente la croûte et facilite la sortie de ces matériaux, dessinant les stries caractéristiques observées par les chercheurs.

Cette dynamique redessine notre compréhension de Mercure. Plutôt qu’un monde figé depuis des milliards d’années, cette planète minuscule, la plus proche du Soleil, pourrait être le siège de processus encore actifs, réagissant constamment à son environnement spatial extrême.

BepiColombo entre en scène

L’étude arrive à un moment stratégique. La mission BepiColombo, fruit d’une collaboration entre l’Agence spatiale européenne (ESA) et l’agence japonaise JAXA, est en route vers Mercure. Les deux sondes jumelles de la mission sont attendues en orbite autour de la planète d’ici 2027, avec des instruments plus sensibles que jamais. L’un des objectifs clés sera d’observer directement ces mêmes formations identifiées dans les archives de MESSENGER pour comprendre si elles continuent d’évoluer.

Si de nouveaux changements sont observés, cela fournirait une preuve directe d’une activité interne persistante sur Mercure, confirmant que même de petits mondes apparemment « morts » peuvent abriter des processus dynamiques longtemps après leur formation.

Un regard nouveau sur les planètes telluriques

Cette découverte ne concerne pas que Mercure. Elle soulève des questions fondamentales sur la façon dont les planètes rocheuses évoluent sous l’effet combiné de leur propre structure interne et des conditions extrêmes de leur environnement. Dans un contexte où l’on découvre des milliers de mondes extrasolaires autour d’autres étoiles, comprendre comment même les plus proches planètes de notre Système solaire restent actives est crucial.

Sources

  • Sciencepost – « 100 000 images plus tard, la NASA découvre que Mercure “transpire” encore » (29 janvier 2026)
  • Universe Today – « Mercury May Not Be “Dead” After All » (28 janvier 2026)

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