Dans le système de Trappist-1, la vie pourrait passer d’une planète à l’autre

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Cette image d’artiste simule la vue depuis la surface de l’une des planètes du système Trappist-1 — Crédit : ESO, N. Bartmann, spaceengine.org

Y a-t-il de la vie sur l’une des sept planètes qui gravitent autour de la naine rouge Trappist-1 ? Trois d’entre elles sont dans la zone habitable.Si vie il y a, elle a pu migrer de l’une à l’autre, proposent deux chercheurs à Harvard.

Relativement proche de nous, 40 années-lumière seulement, la petite étoile Trappist-1 et le cortège de sept planètes très vraisemblablement rocheuses dont les découvertes ont été annoncées en février dernier, régalent autant les chasseurs d’exoplanètes, les exobiologistes que le grand public. Notamment parce que trois d’entre elles, plus ou moins de la même taille que la Terre, sont situées dans la région tempérée de la naine rouge ultrafroide (cette étoile est à peine plus grande que Jupiter). Dans cette zone habitable, mais bien sûr cela dépend aussi de la composition de leurs atmosphères (si elles en possèdent une et cela est conditionné aussi par l’activité de leur soleil), l’eau pourrait être à l’état liquide. Dans ces conditions, il n’est pas interdit de penser que de la vie a pu s’y développer.

« [Ces mondes] sont potentiellement un excellent laboratoire pour tester nos idées sur l’habitabilité réelle des exoplanètes de tailles terrestres et en particulier quand elles sont autour des naines rouges », expliquait récemment l’astrophysicien et exobiologiste Frank Selsis.

En attendant que les futurs télescopes, JWST et E-ELT, ouvrent leurs yeux de géants sur ce système, sondant les possibles atmosphères de ces planètes — y détecterons-nous les premières signatures d’une vie ailleurs ? —, des chercheurs travaillent à préciser leur habitabilité.

Dans l’hypothèse de la panspermie

Dans un article déposé sur arXiv, Manasvi Lingam et Avi Loeb, de l’université d’Harvard, défendent l’idée que si vie il y a autour de Trappist-1, elle pourrait être la même sur chacun des mondes habitables. Pourquoi ? Parce que leur grande proximité les unes avec les autres permettrait à des morceaux éjectés par exemple de l’une d’entre elles par l’impact d’une météorite, à retomber sur une de ses voisines. À l’intérieur de ces fragments, à l’abri des rayonnements, différentes populations de microorganismes vivants pourraient ainsi survivre à leurs voyages interplanétaires et se répandre ensuite chez les voisines… Par conséquent, « Il ne serait pas surprenant de trouver les mêmes formes de vie sur les trois planètes habitables autour de Trappist-1 », argue l’un des auteurs. Si l’une des planètes est habitée, les autres le seraient donc aussi ! En quelque sorte, la vie migrerait d’île en île, proposent-ils.

L’idée s’inspire de l’hypothèse d’une panspermie pour expliquer, par exemple, l’apparition de la vie sur notre planète. Cela a pu se produire au cours de la jeunesse de la Terre et de Mars (les recherches indiquent que celle-ci était alors beaucoup plus chaude et humide) et/ou aussi via des comètes. Les deux planètes voisines ont en effet très bien pu s’échanger les formes de vie qui sont apparues à leurs surfaces quelques centaines de millions d’années après leurs formations (plusieurs météorites d’origine martiennes, propulsées par des impacts, ont été retrouvées sur Terre ; le contraire est donc aussi possible). Mars était peut-être même habitable avant la Terre, voici environ 4 milliards d’années. (Avec ExoMars et Mars 2020, nous en saurons bientôt plus…)

Dans leur publication, les deux chercheurs estiment que dans le système de Trappist-1, il y a 1.000 fois plus de chances qu’un transfert se fasse d’une planète à l’autre que dans le cas de la Terre avec Mars. Cela pourrait même se faire 100 fois plus vite, ont-ils calculé en tenant compte de la proximité entre Trappist-1e, Trappist-1f et Trappist-1g, les trois planètes habitables autour de l’étoile. Rappelons que si nous étions à la surface de l’une d’entre elles — des mondes par ailleurs qui présentent certainement toujours la même face à leur soleil rougeoyant —, les planètes voisines nous apparaîtraient plus grandes que la Lune dans notre ciel !

tailles planètes Trappist-1

Taille relative des 7 planètes autour de l’étoile Trappist-1, une naine rouge à peine plus grande que Jupiter — Crédit : ESO

Trois chances voire plus que la vie ait pu apparaître

Cependant, des chercheurs interrogés par New Scientist ne partagent pas la même vision que celle de Manasvi Lingam et Avi Loeb. Pour la biologiste Valeria Souza, de la National Autonomous University of Mexico, « les planètes ne sont pas des îles, même si elles sont proches ». Sur Terre, il est difficile pour les espèces de passer d’une île à l’autre, affirme-t-elle, et par ailleurs, « l’évolution les conduirait sur des chemins différents, une fois qu’ils sont arrivés ».

Lisa Kaltenegger, qui dirige l’Institut Carl Sagan à l’université Cornell (Ithaca, New York), rappelle quant à elle que la théorie de la panspermie est encore incertaine. Toutefois, il ne faut pas nécessairement voir que des formes de vie puissent être transportées d’un monde à l’autre, cela pourrait être aussi des chaines moléculaires, des ingrédients prébiotiques (les comètes sont les suspects n°1). Ce qui est fascinant, dit-elle, « serait que la vie a évolué sur toutes ces planètes individuellement et on pourrait voir la diversité de ce que la nature peut avoir ».

En quelque sorte, « on peut lancer les dès trois fois dans le système de Trappist-1 et avoir ainsi de plus grande chance de succès » déclare Avi Loeb.

Trois fois… voire plus car le concept de zone d’habitabilité est peut-être trop restrictif. Dans notre Système solaire, par exemple, il y a des mondes potentiellement habitables en dehors de cette zone, tels Europe (autour de Jupiter) et plus loin encore, Encelade (autour de Saturne). À l’image des planètes géantes, les forces de marées de la naine rouge peuvent contribuer à rendre des planètes habitables. On n’a pas fini d’en parler…

L’écart entre les planètes Trappist-1 f et Trappist-1 g est à peine plus grand que la distance entre la Terre et la Lune — Crédit : NASA, Amanda J. Smith

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