SOHO observe une nouvelle comète raser le Soleil

Le 4 août, à 0 h 54 TU (2 h 54 en France métropolitaine), la comète n’était plus très loin du Soleil. Celui-ci, très lumineux, est masqué par le disque central (coronographe). Le cercle blanc indique sa taille. À droite du Soleil, on distingue les étoiles les plus brillantes de l’amas ouvert Messier 44 (M44), aussi nommé la Ruche ou l’amas de la Crèche. En ce début août, l’astre solaire brille devant la constellation du Cancer (Cancri) — Crédit : NASA, ESA, SOHO

Une fois encore, Soho a été témoin d’une comète rasant la surface du Soleil. Parmi les milliers observées en 20 ans, celle-ci fut l’une des plus brillantes. Il semble qu’elle n’ait pas survécu à cette visite très rapprochée.

Le 2 décembre 2015, Soho (Solar and Heliospheric Observatory) fêtait le 20e anniversaire de son lancement. Cela fait deux décennies que le vénérable satellite observe sans relâche notre étoile dans plusieurs longueurs d’onde. Depuis sa position, entre la Terre et le Soleil à 1,5 million de km, il a ainsi pu être témoin de quasiment deux cycles d’activité et aussi du passage d’innombrables comètes.

En 2011, elles étaient plus de 2.000 repérées lors de leur incursion dans le champ des coronographes de Soho (Lasco C2 et Lasco C3), faisant pour certaines du rase-motte — en anglais, sungrazing comets —, et il y a un an, en septembre 2015, 3.000 étaient recensées ! Les chercheurs de la mission sont très reconnaissants envers les « scientifiques citoyens » qui consultent jour après jour les images du satellite car c’est à eux qu’ils doivent la découverte d’environ 95 % de ces astres glacés. (A voir dans la vidéo ci-dessous, une animation montrant leurs orbites et leurs familles respectives).

Parmi toutes ces comètes, il y a pas mal de cas de suicide : elles sont surprises en train de se jeter dans la fournaise solaire. Beaucoup aussi sont blessées ou brisées par leur survol trop rapproché et ne s’en remettent pas. Telle la comète Ison, un exemple plus célèbre que d’autres car celle-ci était pressentie pour être la « comète du siècle » en 2013. Or, elle n’a pas survécu à son premier passage près du Soleil.

Les comètes ne sont donc pas rares à rendre visite à notre étoile, foyer du Système solaire. Et pas plus tard qu’en ce début août 2016, un nouveau cas s’est fait remarquer. L’un des plus lumineux.

En vidéo, le plongeon final de la comète vu dans le champ du coronographe Lasco C2. Le cercle blanc indique la véritable taille du Soleil — Crédit : NASA, ESA, SOHO

Un des objets les plus rapides du Système solaire

Cette nouvelle comète repérée le 2 août lors de son entrée dans le champ large du coronographe Lasco C3 est devenue l’une des plus impressionnantes, de par sa luminosité, qu’il fut donné de voir aux scientifiques de la mission. À mesure qu’elle s’approchait du Soleil, sa vitesse n’a cessé d’augmenter pour dépasser 2 millions de km/h en fin de parcours. Elle fut alors probablement l’un des objets — si ce n’est le — le plus rapide de tous à travers le Système solaire. Malheureusement, elle n’a pas survécu à ce frôlement de l’astre solaire, au contraire par exemple de C/2011 W3 Lovejoy, en décembre 2011. Ses puissantes forces de marée et son rayonnement ont en effet eu raison d’elle. Elle s’est « brulée les ailes »…

Pour les chercheurs, tout indique qu’elle appartenait à la famille dite de Kreutz, du nom de l’astronome allemand Heinrich Kreutz, lequel s’est intéressé à la grande comète de septembre 1882. Celle-ci devint soudainement très lumineuse, jusqu’à 100 fois plus que la Lune, si bien qu’elle fut visible en plein jour. Plusieurs autres cas spectaculaires partageant les mêmes paramètres orbitaux ont été observés, telles la comète Ikeya-Seki de 1965, la comète Lovejoy (2011) ou, plus ancienne, celle de 1680. Empruntant toutes le même chemin et rasant le Soleil, les astronomes ont de fortes présomptions qu’elles ont une origine commune : une grande comète de plusieurs dizaines ou centaines de kilomètres qui se serait fragmentée en de nombreux petits morceaux… Le principal suspect est X/1106 C1, observé en l’an 1106. Sa taille est estimée à 100 km. Après s’être brisée en deux, l’une des parties est peut-être le parent de celle 1882. L’enquête continue.

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