Portrait-robot de l’hypothétique neuvième planète du Système solaire

Illustration de l’hypothétique neuvième planète, cachée dans les confins du Système solaire, à environ 1.000 fois la distance entre la Terre et le Soleil — Crédit : Caltech, R. Hurt (IPAC)

Pour avoir une chance de débusquer la neuvième planète – si bien sûr elle existe -, le mieux est d’avoir une idée la plus précise possible de ce à quoi elle doit ressembler. Deux chercheurs suisses coutumiers des modèles de l’évolution des planètes ont tenté d’esquisser un portrait-robot de l’astre dans l’espoir de faciliter les recherches dans les sombres régions du Système solaire externe. Selon eux, cette géante glacée ne devrait pas échapper au regard aiguisé du futur LSST.

Y a-t-il une neuvième planète dans notre Système solaire ? Depuis janvier dernier et la publication des travaux de Konstantin Baytgin et Mike Brown, la question, assez ancienne, est revenue sur le devant de la scène. Après avoir étudié les anomalies orbitales de plusieurs objets de la ceinture de Kuiper découverts depuis le début des années 2000, les deux chercheurs à Caltech ont acquis la conviction qu’une certaine planète X est à l’origine de leurs perturbations gravitationnelles. Leurs calculs ont inféré que sa masse doit être de l’ordre de 10 fois celle de la Terre et que son orbite excentrique l’éloigne entre 600 et 1.200 fois la distance moyenne qui nous sépare du Soleil (cette distance moyenne ou unité astronomique – 1 UA – vaut près de 150 millions de km). Elle doit être du même type qu’Uranus, située à environ 20 UA, ou Neptune, à 30 UA.

Cela peut paraître étonnant, en ce début du XXIe siècle, alors qu’on découvre des exoplanètes et même des exocomètes à des dizaines ou des centaines d’années-lumière du Soleil, qu’on ne sache pas bien encore si finalement il y a 8, 9 ou peut-être 10 planètes dans notre Système solaire… En réalité, si elle existe, elle a pu nous échapper tout ce temps parce que, d’une part, lointaine et sur un plan incliné par rapport à celui de l’écliptique (plan de l’orbite des planètes), elle se déplace très lentement – entre 10 et 20.000 ans (248 ans seulement pour Pluton !) -, à tel point qu’elle a très bien pu se confondre avec une étoile quelconque au cours des récents sondages, et d’autre part, parce que sa température en surface ne la rend pas vraiment très brillante… Elle serait une faible lueur indicible avec des mouvements imperceptibles.

En somme, les astronomes recherchent une aiguille dans une botte de foin sans même vraiment être certains que cette aiguille existe. Alors, le mieux pour y parvenir serait d’avoir une idée plus précise de cet objet caché dans les ténèbres du Système solaire externe, loin, très loin du Soleil-lampadaire.

A quoi faut-il s’attendre ?

Dans la perspective d’aider à épingler cette planète mystérieuse, Christophe Mordasini, professeur à l’université de Berne et la doctorante Esther Linder, ont mis leurs talents de théoriciens sur la formation et l’évolution planétaire, pour en dresser un portrait-robot le plus précis possible. Travaillant par ailleurs sur les possibilités de débusquer des exoplanètes en imagerie directe avec le futur télescope spatial James Webb (JWST), les astrophysiciens ont également cherché à savoir quel est/serait l’instrument le plus adapté pour traquer l’astre avec succès.

Alors, à quoi peut bien ressembler cette neuvième planète qui, à l’instar de ses sœurs autour du Soleil, a déjà vécu 4,5 milliards d’années ? À une géante glacée. C’est-à-dire une planète plus grosse que la Terre mais qui se différencie des géantes gazeuses comme Jupiter et Saturne, par sa composition interne (l’hydrogène et l’hélium ne sont pas les ingrédients prédominants). Leurs modèles aboutissent à une version un peu plus réduite d’Uranus : une planète 3,7 fois plus grande que la nôtre. Autour de son noyau ferreux qui se refroidit doucement, elle posséderait un manteau de silicates, par-dessus lequel se trouverait une importante couche d’eau à quelque 1.800° C. Enfin, une épaisse atmosphère enroberait l’ensemble. Si bien que malgré ses entrailles encore chaudes, l’astre n’afficherait plus que – 226 °C (47 Kelvins) en surface. « Cela veut dire que l’émission de la planète est dominée par le refroidissement de son noyau, autrement sa température ne serait que de – 263 °C (10 K) », déclare Esther Linder. « Son énergie intrinsèque est environ 1.000 fois supérieure à l’énergie absorbée. » L’essentiel de sa lumière émise provient plus de l’intérieur que des rayons solaires réfléchis. Autrement dit, c’est dans l’infrarouge qu’on peut espérer la déterrer.

Il y a deux ans, la Nasa avait annoncé que Wise (Wide-field Infrared Survey Explorer) était resté bredouille quant à une hypothétique neuvième planète, affirmant que rien qui soit aussi gros que Jupiter n’avait été remarqué dans les sondages du ciel, du moins dans un périmètre de 26.000 UA. Les deux auteurs de l’article à paraître dans la revue Astronomy & Astrophysics ont calculé que le satellite serait capable d’en repérer une qui soit… d’au moins 50 masses terrestres. En réalité, le seul télescope qui ait une chance de la trouver n’existe pas encore. Il est en construction depuis un an sur le Cerro Pachón au Chili et devrait ouvrir son œil de géant en 2019. Il s’agit du LSST (Large Synoptic Survey Telescope).

planet 9 interior
Illustration d’une vue interne de l’hypothétique neuvième planète. De l’extérieur vers l’intérieur (textes de haut en bas sur l’image) : atmosphère (température : – 226 °C ou 47 Kelvins) ; épaisse couche de gaz ; couche d’eau (température : 1.800 °C ou 2.100 Kelvins) ; manteau de silicates ; noyau de fer (température : environ 3.400 °C ou 3.700 Kelvin) — Crédit : Esther Linder, Christoph Mordasini, Universität Bern
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