Petite promenade dans le ciel d’été

Petit panorama des constellations dominant les douces soirées d'été. Les soirées d'été, comme chacun sait, sont propices à la détente, à la douceur de vivre … De belles soirées qui se remplissent langoureusement d'étoiles sont une invitation à découvrir un ciel mal connu qui se montre chaque soir ! Paradoxalement, c'est au cours de cette période de l'année, quand les nuits sont les plus courtes, que s'aventurent le plus grand nombre de curieux disposés à rencontrer le "peuple du ciel" ! Observer le ciel à l'œil nu est un premier contact avec l'univers, une première vision d'un espace démesuré !

Panorama des constellations peuplant le ciel d’été, en début de nuit.

Les soirées d’été, comme chacun sait, sont propices à la détente et la douceur de vivre … Nous sommes plus disponibles enfin pour nous livrer à la contemplation du ciel étoilé et compter les furtives étoiles filantes (essaim météoritique des « Perséides » en l’occurrence) qui choient dans l’atmosphère. Invitation à rencontrer le « peuple du ciel » disposé de part et d’autre de la majestueuse Voie Lactée ! Observer le ciel à l’œil nu est un premier contact avec l’univers, une première vision d’un espace démesuré !

Pour commencer, il est bon de rappeler qu’il est indispensable de fuir le milieu urbain et leur halo de pollution lumineuse. Préférez un site dont l’horizon soit le plus dégagé possible. Autre petites recommandations (cela dépend aussi du lieu) : une couverture ou plaid pour vous étendre, du produits pour éloigner les hordes de moustique et aussi, garder avec soi une lampe de poche pour éclairer votre chemin (à ne pas utiliser en dehors de cela sinon éblouissement … et alors, il faut attendre de nouveau 10 mn minimum que votre rétine se ré-acclimate à l’obscurité !). Vous remarquerez, par ailleurs, que l’obscurité, si redoutée, n’est jamais totale dans nos contrées.
Privilégiez les nuits « claires » sans Lune. En son absence, le regard se concentre sur la multitude d’étoiles qui tapissent le ciel et les constellations qu’elles composent ! Place maintenant à la douce nuit d’été.

Quand la nuit s’installe

Une vingtaine de minutes après que le Soleil se soit enfoncé sous l’horizon nord-est, vous pouvez dores et déjà guetter le premier astre qui paraît. Cela dépend des années mais il est fréquent que Vénus soit la première à se manifester. Couramment surnommée l’« étoile du berger », il est impossible de la manquer dans les lueurs du crépuscule. Relativement proche de notre étoile, Vénus suit de prés le Soleil. Visible le soir, elle est alors Vesper et quand, très tôt le matin, elle apparait, Lucifer (les romains pensaient que c’était deux astres différents) annoncent l’arrivée de l’astre du jour.
A défaut de la voir et de se laisser éblouir par sa beauté, les toutes premières étoiles (et non planètes !) à briller dans le firmament sont Véga (proche du zénith) suivie de très prés par la rouge Arcturus (géante rouge dont le nom signifie « gardien des ours »), en direction de l’ouest. Nous sommes « entre chien et loup » : l’ombre de la Terre monte, l’horizon Est est alors envahi par un dégradé de rose et de bleu nuit – la ceinture de Vénus ou arche anti-crépusculaire – marquant ce moment incertain. La nuit avance à grands pas. Semées par le temps qui passe, les étoiles se multiplient. Vient le temps de l’égarement.

Les étoiles les plus brillantes sont bien sûr les premières à se montrer. Parmi elles, nous l’avons vu, il y a la géante rouge Arcturus (alpha bootis). Distante de 37 années-lumière, qui domine la constellation du Bouvier (Bootes), le « gardien des Bœufs ». Car oui, non loin d’elle, s’avance la très célèbre Grande Ourse (Ursa Major), que vous aurez certainement reconnu au dessus de l’horizon nord-est.

En tournant la tête très haut vers l’est, il y a donc Véga (alpha lyrae), étincelante comme un diamant ! L’une des plus brillantes du ciel d’été avec Deneb (alpha cygni) et Altaïr (alpha aquilae). Reliées toutes les trois, elles forment le fameaux astérisme du « triangle de l’été » ou les « trois belles de l’été« .
Les dernières braises du Soleil couchant ont pâlies. Le jour s’éteint.

La Voie Lactée photographiée par S. Brunier
La Voie Lactée toute entière (hémisphère nord et sud) photographiée par Serge Brunier

La Voie Lactée

Présente et saisissante, la lueur de la Voie Lactée traverse le ciel de part en part. C’est un fleuve d’une lumière cendrée qui semble naître près de l’horizon nord et se déverser au sud. Jalonné de « cailloux scintillants », jetés là par le Coyote (mythe amérindien) … Quelques traces sombres débordent, par endroit, du flot d’étoiles … Quelle est donc l’origine de cette arche voluptueuse devenue, hélas, dans la lumière et la fureur de nos cités, complètement invisible … ?
Dans la mythologie gréco-romaine, on raconte qu’il s’agit du lait qui a jailli du sein de la déesse Héra (Junon). Etalé dans le ciel après que Héraclés (Hercule), encore nourrisson, l’ait tété goulument en cachette afin d’acquérir l’immortalité conformément au voeu de son père divin, le puissant Zeus (Jupiter). Porté prés de la poitrine de la déesse durant son sommeil, il lui mordit malencontreusement le sein. Se réveillant brusquement, elle l’écarta l’insatiable nourrisson et c’est alors que le lait nourricier se déversa dans le ciel …

La Voie Lactée doit bien sûr son nom a son aspect laiteux que lui prêtent, depuis des millénaires, nos ancêtres. Il s’agit d’ailleurs de notre galaxie dont l’étymologie grecque signifie « cercle de lait ». Vue de l’extérieur, une galaxie spirale comme la nôtre ressemble à un disque boursoufflé au centre. Les pâles lueurs blanches qui s’en dégagent sont en réalité des nuées de plusieurs dizaines de milliards d’étoiles. Une vaste communauté d’étoiles qui s’étend sur environ 100 000 années-lumière. L’ensemble se compose également de nuages de gaz et de poussières, parfois invisibles (matière noire ordinaire) et de l’hypothétique matière noire qui représente environ 25 % de l’Univers …
Le fleuve d’étoiles d’apparence si pâles que l’on voit la nuit en est une partie. C’est l’intérieur de ce disque. Le reste du ciel, certes moins peuplé, représentent le dessus et le dessous de la galette galactique …

Notre grande et belle Voie Lactée semble relier, à travers la voûte céleste, l’horizon nord au sud, en passant par le zénith. Sa partie nord est nettement plus étroite. Elle s’évase progressivement jusqu’à littéralement se répandre sur l’horizon sud, derrière les étoiles du Sagittaire (Sagittarius) et au bord du Scorpion (Scorpius). Dans cette direction, on peut admirer un véritable estuaire, taché par endroit de veines sombres. C’est toujours un spectacle merveilleux. Dans cette direction (Sagittaire), il y a le centre galactique où se blottissent des milliards d’étoiles. Derrière cette débauche de matière, travaille un monstre fabuleux imppossible à voir directement : le trou noir supermassif de notre galaxie (Sagittarius A*). Tapi dans l’invisible, il engloutit les étoiles par dizaines, quoique ces derniers temps, il semble se contenter d’astéroïdes. Probablement un petit encas entre deux repas (festin ?) ! Sa masse serait 4 millions de fois supérieure à celle du Soleil ! Tout cela, loin de nous et de nos yeux étourdis par toutes ces étoiles.

Le centre de la galaxie est une toile de fond, à l’arrière-plan, distante de 25 000 années-lumière. Au devant de la scène, on retrouve une poignée d’étoiles beaucoup plus proches de nous. Reliées, elles représentent notamment un Archer, le Sagittaire et, à sa droite (ouest), un Scorpion géant menacé par sa flèche … !

Ce dernier est une grande et belle constellation, dominée par Antarès (alpha scorpio), une supergéante rouge atteignant 400 fois la taille de notre étoile. Son nom Antarès signifie la « rivale d’Arès« , rivale de Mars de par son éclat rougeoyant qui rappelle celui de la planète du dieu de la guerre.

Partie supérieure du Scorpion : pinces, Antarès et corps - Photo de James Cormier
Partie supérieure du Scorpion : pinces, Antarès et corps – Photo de James Cormier

Les principales constellations qui peuplent le ciel

Tout autour du sommet du ciel, on remarque trois étoiles très brillantes, évoquées plus haut : Véga, Deneb et Altaïr. La première domine la constellation de la Lyre (Lyrae) à environ 25 années-lumière (seulement) de nous. Une légende raconte que l’instrument de musique a été créée à partir d’une carapace de tortue par le dieu Hermès. En l’observant attentivement, on reconnait un parallélogramme auquel s’ajoute la lumineuse Véga (alpha lyrae).

Deneb (alpha cygni) est visible au sud-est de Véga.  Elle est « Al Deneb al jaja« , la « queue de la poule » et marque la queue du Cygne. Distante de 3 000 années-lumière (!), la géante bleue brille presque autant que son étincelante voisine.
Dans la mythologie grecque, le Cygne est une des multiples « métamorphoses » du dieu Zeus (encore lui !). Dans un style flamboyant, le poète latin Ovide narre la rencontre provoquée par le dieu le plus puissant de l’Olympe avec la belle Leda, épouse du roi Tyndare. La transformation en bel oiseau blanc majestueux est une nouvelle ruse de sa part pour approcher la délicieuse reine qu’il convoitait ! De leur union, naîtront quatre enfants (Léda accouche de deux œufs) : Castor et Clytemnestre, Hélène et Pollux ! Les deux garçons Castor et Pollux se retrouveront plus tard pour former les célèbres Gémeaux (Gemini). Constellation du Zodiaque, impossible de les voir de la fin juin à la fin juillet, car notre Soleil leur rend visite … Viennent ensuite, le Cancer (Cancri) et le Lion (Leo).

Non loin de là, plus bas vers le sud, vous tombez sur Altaïr (alpha aquila), « la tête » de l’Aigle (Aquila). Toujours dans la mythologie greco-romaine, il est dit que cet oiseau majestueux dévorait chaque jour le foie de l’indiscipliné Prométhée, personnage ô combien célèbre pour avoir offert le feu aux Hommes qui venaient d’être façonné … Une petite Flèche (Sagitta), dessinant un trait léger dans le ciel, vient d’effleurer une de ses ailes. Héraclès/Hercule l’a décochée pour secourir le Titan.

En vous tournant vers le nord, vous découvrez les Immortelles, considérées ainsi par de nombreuses cultures car, circumpolaires, ces constellations ne disparaissent jamais du ciel sous nos latitudes (France métropolitaine) et tournent infatigablement autour d’un centre ou moyeu que matérialise, en notre temps, l’étoile polaire aka Polaris (pôle nord céleste).
Parmi elles, la plus que célèbre Grande Ourse (Ursa Major). Ce sont surtout les sept étoiles les plus brillantes de cette région du ciel qui attirent et retiennent l’attention. Elles forment aujourd’hui l’astérisme devenu très familier de la Grande Casserole ! Très différente, la représentation des Mésopotamiens, il y a environ 3 500 ans,  était un Grand Chariot (tiré par trois bœufs). Les Romains préféraient imaginer Sept Bœufs (Septem Triones) tandis qu’avant eux, les Grecs figurait une Hélice, Helikon.  Par la suite, d’autres étoiles ont été ajoutées pour former notre chère Grande Ourse. Les japonais imaginent une louche géante. Celle qui s’appelle la Petite Ourse (Ursa Minor) est visible à quelques degrés de là. Composée également de sept étoiles dont l’immobile étoile polaire, elle est connue sous les noms de « Petite Casserole » ou « Petit Chariot ». Dans la mythologie grecque, il s’agit d’Arcas, naît de l’union de la nymphe Callisto (alias la Grande Ourse) avec le dieu Zeus. Le jeune garçon, n’a jamais su que sa mère avait été transformée en ourse par les soins d’Héra. Par jalousie, bien sûr. Aussi, jeune chasseur qu’il était devenu, s’apprêtait-il à tirer une flèche sur l’animal quand le maître de l’Olympe est intervenu pour l’empêcher de commettre l’irréparable ! Arcas est devenu à son tour un ours et fut disposé dans le ciel avec sa mère. Héra, acceptant mal cet honneur, a choisie de les priver de repos à jamais en les condamnant à tourner en rond, au-dessus de la terre …

En dirigeant votre regard vers le nord-est, vous pourrez voir cinq étoiles dessiner un W. C’est la constellation de Cassiopée (Cassiopeia), célèbre reine de l’Ethiopie dans l’antiquité ! Plus discret dans le vaste ciel, son mari, Céphée (Cepheus) se tient au-dessus d’elle. La légende raconte que la reine passait son temps à s’admirer, se targuant d’être la plus belle de toutes les femmes du royaume au point d’irriter les Nereides. Celles-ci s’en allèrent demander au dieu Poseidon, la destruction de l’Ethiopie par le monstrueux Crachen ! Afin d’enrayer la catastrophe, les deux époux se résignèrent à livrer en sacrifice, leur fille Andromède, comme le prescrivait l’oracle qu’ils ont consulté à Delphes. Fort heureusement, alors que le monstre marin s’approchait du rivage, le jeune et téméraire Persée vint à son secours. Après avoir détruit le monstre marin, il put épouser la belle Andromède. Tous sont réunis dans cette partie du ciel, au-dessus de l’horizon nord-est et est, à l’orée de la Voie Lactée.
A l’approche de l’automne, la constellation d’Andromède (Andromeda) s’élève de plus en plus haut au-dessus de l’horizon, laissant voir la tache oblongue et délicate de la galaxie d’Andromède, une voisine située à environ 2,5 millions d’années-lumière !

Vue d'ensemble du ciel d'été
Vue d’ensemble du ciel d’été

Sélection des meilleurs « atlas du ciel » virtuels pour iPad et iPhone.

(Révisé le 8 août 2013)

 

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