Panspermie : Y a-t-il des « oasis de vie » dans la Voie lactée ?

Les comètes à longue période comme ici Hale-Bopp peuvent avoir été volées par notre Soleil à d’autres système planétaire. Elles représentent de très bons vecteurs de transport de « graines » de vie d’un monde à l’autre -- Crédit photo : Eckhard Slawik

La vie sur Terre a-t-elle éclôt par la panspermie ? Si c’est le cas, cette diffusion laisserait des traces ou biosignatures dans d’autres mondes que l’on pourrait voir regrouper dans certaines régions de la galaxie. Leur détection, à court ou moyen terme, validerait ou non ce scénario.

Comment la vie est-elle apparue sur Terre ? À cette grande question des origines, nous n’avons pas de réponse définitive. À travers leurs enquêtes au sein de notre monde et les autres, qu’ils soient dans notre voisinage (Mars, Europe, Encelade, etc.) ou au-delà (les exoplanètes), les biologistes et astrobiologistes assemblent petit à petit les pièces de ce puzzle. Nous habitons le seul endroit connu pour l’instant où la vie existe, autour d’une étoile paisible et relativement stable depuis des milliards d’années. Aussi, serait-il possible que la vie soit une exclusivité de la Terre, un phénomène extrêmement rare, voire unique ? Ou, au contraire, abonde-t-elle dans la Galaxie et l’Univers ? Se peut-il qu’elle ait émergé spontanément sur notre Planète à la faveur de processus physico-chimiques conditionnés par la synergie exceptionnelle de nombreux facteurs (taille, masse, orbite, géologie, lune, quantités d’eau liquide, etc.) ? Ou a-t-elle pu se disséminer d’un monde à l’autre ? Notre biosphère a très bien pu, en effet, être contaminée par des agents venus d’autres systèmes planétaires. Dans ce scénario dit de la panspermie, les astéroïdes et les comètes, que s’échangent volontiers deux étoiles qui passent à proximité l’une de l’autre (plusieurs de nos comètes voire même des plutoïdes comme Sedna auraient été « volés » à d’autres étoiles), représentent de bons candidats pour transporter d’éventuels germes de vie voire des bactéries résistantes…

Un moyen alternatif pour disperser la vie serait un transport volontaire, une exportation délibérée sur des mondes choisis. Quelque chose que l’humanité n’est pas encore en mesure de faire mais, qui sait ?, elle pourrait mettre cela en œuvre dans un avenir plus ou moins proche. Alors pourquoi pas d’autres ?

Sur ce schéma de notre galaxie, la Voie lactée, vue d’au-dessus, les taches vertes indiquent d’hypothétiques foyers où la vie pourrait essaimer. La détection de biosignatures regroupées dans certaines régions de la galaxie validerait le scénario d’une propagation de la vie d’une étoile à l’autre (panspermie)
Sur ce schéma de notre galaxie, la Voie lactée, vue d’au-dessus, les taches vertes indiquent d’hypothétiques foyers où la vie pourrait essaimer. La détection de biosignatures regroupées dans certaines régions de la galaxie validerait le scénario d’une propagation de la vie d’une étoile à l’autre (panspermie)

Floraisons de vie

Face à ces questions, une équipe d’astrophysiciens d’Harvard estime que si l’hypothèse de la panspermie est correcte, nous devrions en déceler des traces tangibles. La vie qui se propage ainsi formerait progressivement « des groupes qui grandissent et se chevauchent, comme des bulles dans une casserole d’eau bouillante », pour reprendre la métaphore d’Henry Lin (Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics), auteur principal de l’article accepté pour publication dans The Astrophysical Journal Letters (disponible sur arxiv). Selon ce modèle, la vie se diffuserait dans toutes les directions et prendrait plus ou moins racine, selon le milieu qui accueille les graines. « La vie se propagerait d’une étoile-hôte à une autre à la manière d’une épidémie, ajoute son collègue Avi Loeb qui préfère cette image. Dans un sens, la Voie lactée serait infectée avec des poches de vie » Cela serait donc identifiable, le désert galactique se remplissant peu à peu d’oasis saturées de vie.

Il ne reste plus qu’à observer des biosignatures dans l’atmosphère de lointaines planètes pour traquer d’éventuels essaims et valider ou non cette hypothèse. Nous y sommes presque. En effet, vingt ans après la découverte de la première exoplanète, Pegasi 51b, et près de 2.000 autres cas confirmés, les nouvelles technologies nous permettent désormais de caractériser l’atmosphère de quelques-uns de ces nouveaux mondes. D’abord des géantes gazeuses et très bientôt des superTerres telles Kepler-452b (à 1.400 années-lumière), « la plus ressemblante à la Terre », ou HD 219134b, récemment confirmée et toute proche de nous (21 années-lumière).

D’ici quelques années, les chercheurs ont bon espoir d’étudier l’atmosphère de planètes rocheuses gravitant dans la zone potentiellement habitable de leur étoile et de démasquer d’éventuelles traces d’activité biologique. Pour les auteurs, « la détection d’un minimum de 25 exoplanètes biologiquement active suffirait pour accorder 5 sigma à la panspermie ». Mais les étoiles bougent dans la Voie lactée, montent et descendent dans les bras spiraux, entrent dans des « embouteillages » ou sinon dans des régions moins densément peuplées, bref les chercheurs soulignent qu’on ne pourra détecter ces paquets de vie que s’ils ne se répandent pas trop rapidement.

Comme l’a dit Thomas Carlyle (1795-1881) cité dans l’introduction de Terres d’ailleurs, à la recherche de la vie dans l’Univers d’André Brahic et Bradford Smith (édition Odile Jacob) : « Si les planètes sont habitées, quelle étendue pour la folie ; si elles ne sont pas habitées, quelle perte de place ».

Crédit photo : Nasa, JPL, R. Hurt

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