Les comètes géantes Centaures sont une menace pour la vie sur Terre

phoebe
Aucune sonde n’a encore approché de Centaures. Toutefois, le satellite de Saturne, Phoebe (environ 200 km), ici photographié par la sonde Cassini, est considéré comme un objet de cette famille atypique qui aurait été capturé par la planète géante Crédit : Nasa, JPL-Caltech, Space Science Institute

Dans le Système solaire, les Centaures sont des corps de 50 à 100 km de long pour la plupart, à la fois astéroïde et comète, attroupés entre les planètes géantes. Selon de récentes recherches, cette situation instable peut provoquer de redoutables chevauchées de quelques-uns d’entre eux parmi les petites planètes rocheuses.

Hormis les sages Pholos et le célèbre Chiron (souvent associé à la constellation du Sagittaire), les centaures, descendants d’Ilion, ont une mauvaise réputation dans la mythologie grecque. On disait de ces créatures mi-homme et mi-cheval que leurs mœurs étaient brutales, qu’ils se nourrissaient de chair crue, étaient enclins à la lubricité et vivaient comme des bêtes dans les forêts de Thessalie…

Dans notre Système solaire, on nomme Centaures, la famille de corps célestes à l’identité incertaine, entre astéroïdes et comètes. Ils sont plutôt gros et se regroupent essentiellement entre les orbites de Jupiter et Neptune, plus exactement entre 5,5 et 30 unités astronomiques selon la définition du JPL Small-Body Database. Le premier d’entre eux, identifié en 1977, fut naturellement baptisé Chiron par son découvreur qui supposait sa double nature. Et en effet une dizaine d’années plus tard, en 1988, quand ce corps de 166 km atteignit le point de son orbite le plus proche du Soleil (périhélie), les astronomes observèrent un accroissement significatif de sa luminosité et la formation d’une chevelure, trahissant une activité cométaire provisoire.

Parmi les quelque 400 centaures débusqués à ce jour dans les « forêts » du Système solaire externe (et non de Thessalie), Chariklo est à ce jour le plus gros connu. Pourvu de deux fins anneaux et de petits satellites découverts il y a bientôt deux ans, l’astre affiche environ 250 km dans sa plus grande longueur alors que la plupart de ses congénères ont une taille comprise entre 50 et 100 km. Cela en fait donc des comètes géantes et, comme le soutient une étude récemment publiée dans Astronomy & Geophysics, le journal de la Royal Astronomical Society, leurs réputations ne font qu’empirer à l’instar de leurs homonymes.

Des orbites instables

Dans leur article scientifique, les auteurs (une équipe composée de chercheurs de l’Observatoire Armagh et de l’université de Buckingham) s’inquiètent de la menace que font peser ces corps dits mineurs sur notre Planète et nos civilisations. Depuis leurs découvertes, leurs orbites apparaissent en effet comme instables, croisant régulièrement celles des quatre planètes géantes (Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune) qui circulent dans cette région, ce qui n’est pas sans les perturber gravitationnellement. D’ailleurs leurs simulations montrent que quelques-uns peuvent être expulsés dans les régions lointaines du Système solaire voire au-delà et beaucoup, au contraire, peuvent se retrouver injecter dans la partie interne de notre système planétaire, occupée par des petites planètes rocheuses comme la Terre. Un seul de ces Centaures à une masse équivalente à celle de tous les géocroiseurs connus (petits corps croisant l’orbite de la Terre).

D’après leurs calculs appuyés par les nombreux corps découverts ces vingt dernières années, il y aurait en moyenne un centaure, dévié, qui coupe la trajectoire de notre biosphère tous les 40.000 à 100.000 ans. Ce qui fait beaucoup et représente même un péril beaucoup plus important que celui posé par les astéroïdes car ces corps cométaires sont susceptibles de se briser en de nombreux petits morceaux (de plusieurs kilomètres !) en pénétrant dans ces régions plus chaudes, relativement proches du Soleil.

orbites centaures
Le Système solaire externe vu d’au-dessus. L’orbite des planètes est en bleu. Pluton, planète naine dans la ceinture de Kuiper, a son orbite marquée en blanc. 17 objets transneptuniens (trans-Neptunian objects ou TNO) sur les 1.500 découverts, sont en jaune. Les orbites de 22 Centaures sont tracées en rouge. Comme on peut le voir, leurs trajectoires croisent souvent celles des planètes géantes, ce qui peut provoquer leur injection dans le Système solaire interne — Crédit : Duncan Steel

Des collisions inévitables ?

Pour l’équipe, les collisions avec un ou plusieurs de ces fragments qui abonde dans le Système solaire interne apparaissent comme inévitable. Ils étayent leurs propos en se référant à des événements brutaux dans notre environnement qui se sont produits dans un passé récent. Ainsi, par exemple, citent-ils des troubles survenus voici 30.000 ans, provoqués probablement par des débris (de tailles variables) essaimés par une comète géante. Idem pour ceux documentés par géologues et paléontologues qui se sont manifestés il y a 10.800 ans et 2.300 ans avant l’ère commune. Ces changements dans l’environnement s’accorderaient bien avec la chute d’un ou plusieurs fragment(s) de centaures et leurs cortèges de petits débris… Les chercheurs vont même jusqu’à supposer que c’en est un qui s’est écrasé au large du Yucatan (Mexique), voici 65 millions d’années, causant ainsi une catastrophe planétaire, en grande partie responsable à la disparition des dinosaures (un événement qui a pu aussi déclencher les trapps du Deccan).

« Notre travail suggère que nous devons regarder au-delà de notre voisinage immédiat et de chercher au-delà de l’orbite de Jupiter pour trouver des centaures, explique le professeur Bill Napier, de l’université de Buckingham, dans le communiqué de presse de la Royal Astronomical Society. Si nous avons raison, ces comètes lointaines pourraient être un sérieux danger, c’est pourquoi il est temps de mieux les comprendre. »

Pour eux, les petits cratères submillimétriques observés dans les échantillons de roches lunaires rapportés par les missions Apollo et datés de moins de 30.000 ans sont des indices complémentaires de l’intrusion récente d’un centaure en morceaux. L’accroissement de poussière dans le Système solaire interne à cette période va effectivement dans le sens de leur modèle.

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