La planète X est peut-être à l’origine des extinctions massives

Illustration de l’hypothétique neuvième planète, cachée dans les confins du Système solaire, à environ 1.000 fois la distance entre la Terre et le Soleil — Crédit : Caltech, R. Hurt (IPAC)

Pour le professeur Daniel Whitmire, coauteur il y a 30 ans d’une étude sur les possibles causes d’un désordre dans la ceinture de Kuiper tous les 27 millions d’années, incriminées dans des excitations massives, l’hypothétique planète X a le profil du coupable.

Nous sommes encore loin de bien connaître notre Système solaire. Régulièrement en effet, de nouveaux astéroïdes ou comètes sont découverts, dont une partie, les géocroiseurs, se promènent dans les parages de notre Planète (le satellite Wise en a débusqué 250 de plus ces deux dernières années) ou encore, plus lointain, des objets de la ceinture de Kuiper (Kuiper Belt Object ou KBO). D’ailleurs, si cela se trouve, il y a une neuvième planète là-bas, bien plus loin que Neptune et Pluton, comme le suggèrent les orbites excentriques de plusieurs de ces objets. Les travaux des éminents chercheurs Konstantin Batygin et Mike Brown, de Caltech, publiés le 20 janvier dernier, pointent sur l’existence de cette hypothétique planète X. Le KBO uo3L91 qui vient de s’ajouter corrobore cette possibilité : « il est exactement là où la planète neuf a dit qu’il devrait être » a tweeté Mike Brown, le 24 mars. La chasse a donc repris de plus belle.

Selon leur portrait-robot, avec une masse estimée à 10 fois celle de la Terre, elle devrait ressembler à une géante glacée du même type qu’Uranus ou Neptune. Entre 10 et 20.000 ans lui seraient nécessaires pour accomplir une révolution complète, à plusieurs centaines de fois la distance qui sépare la Terre du Soleil.

Intrusion de comètes tous les 27 millions d’années

Pour le professeur Daniel P. Whitmire, de l’université de l’Arkansas, si cette lointaine neuvième planète existe, son profil en fait le coupable idéal pour la plupart des extinctions de masses survenues sur Terre, ces 250 derniers millions d’années, voire même 500 millions d’années. Celles-ci auraient été déclenchées par des armées de comètes qui, expulsées de force de leurs quartiers résidentiels habituels – dans la ceinture de Kuiper -, ont fait irruption dans le Système solaire interne, occasionnant au passage de nombreux dégâts sur les planètes rocheuses ou, en se désintégrant à l’approche du Soleil, en voile sa luminosité. Cela se produirait en moyenne tous les 27 millions d’années comme le précisent plusieurs enquêtes basées sur l’âge des cratères terrestres. Dans ce scénario, l’impacteur qui a contribué à la disparition des dinosaures il y a 65 millions d’années, devait être l’une d’elles. La dernière série daterait d’environ 11 millions d’années. On aurait donc encore 16 millions d’années devant nous avant une nouvelle salve de comètes (nous aurons peut-être déménagé d’ici là…).

L’idée n’est pas nouvelle. Il y a 30 ans, Daniel Whitmire et son collègue John Matese publiaient déjà dans la revue Nature, une étude sur des perturbations gravitationnelles régulières dans les régions lointaines du Système solaire, susceptibles de désorbiter un certain nombre de corps céleste. Ils faisaient à l’époque trois propositions pour expliquer ce désordre : soit le Soleil a un compagnon caché (après tout, les étoiles doubles sont fréquentes), soit on rencontre des régions plus denses dans le plan de la Voie lactée où notre étoile se promène au gré de la houle galactique (ondulations à travers le plan de la galaxie), et enfin, soit il y a une planète X. Les deux premières hypothèses ne s’accordant pas avec les enregistrements paléontologiques, seule la dernière a résisté. Évidemment, les indices et modèles mis en avant par Brown et Batygin, ont relancé la possibilité d’un lien entre cette géante gazeuse et les comètes qui viennent s’aventurer dans le voisinage du Soleil tous les 27 millions d’années. Toutefois, il y a 30 ans, Whitmire et Matese supposaient une planète qui aurait entre une et cinq masses terrestres, et située à environ 100 unités astronomiques, soit plus du double de la distance entre le Soleil et Pluton.

« Ce qui est vraiment excitant est la possibilité qu’une planète lointaine puisse avoir une influence significative sur l’évolution de la vie sur Terre » a déclaré l’auteur principal de l’article scientifique à ce sujet publié dans Monthly Notices of the Royal Astronomical Society.

Délogées de la ceinture de Kuiper tous les 27 millions d’années en moyenne, des cortèges de comètes feraient irruption dans le Système solaire interne. Certaines percuteraient les planètes rocheuses et d’autres se désintégreraient à l’approche du Soleil — Crédit : NASA, JPL-Caltech

Délogées de la ceinture de Kuiper tous les 27 millions d’années en moyenne, des cortèges de comètes feraient irruption dans le Système solaire interne. Certaines percuteraient les planètes rocheuses et d’autres se désintégreraient à l’approche du Soleil — Crédit : NASA, JPL-Caltech

Digiprove sealCopyright secured by Digiprove © 2016 Xavier Demeersman

1 Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *