Pour ses 24 ans, Hubble photographie la nébuleuse de la Tête de Singe

Détail de la nébuleuse de la Tête de Singe
Détail de la nébuleuse de la Tête de Singe capturé dans l’infrarouge par la caméra WFC3 de Hubble – Téléchargez l’image en haute résolution ici (4 Mb)

Dans le cadre de la célébration du 24e anniversaire de la mise en orbite d’Hubble, la NASA et l’ESA publient une nouvelle version d’une partie de la nébuleuse de la Tête de Singe distante de 6.400 années-lumière.

Le 24 avril prochain, cela fera 24 ans que le télescope spatial Hubble œuvre dans l’espace à prés de 600 kilomètres d’altitude. Malgré un important défaut optique constaté à ses débuts — heureusement corrigé par une intervention ultérieure — le satellite n’a eu de cesse de révolutionner notre vision du cosmos, à l’instar du brillant astronome américain qui lui a donné son nom. Qui, en effet, ne s’est jamais émerveillé devant les nombreux portraits de galaxies, qu’elles soient isolées, en grappes ou en collisions ? Qui n’a jamais été sidéré par la beauté révélée des amas globulaires, des nébuleuses où bourgeonnent de nouvelles étoiles ? Qui n’a jamais ressenti de vertiges en découvrant des objets célestes distants de plusieurs milliards d’années-lumière, aux confins de l’Univers visible ? Doté d’un miroir primaire de 2,40 mètres de diamètre au foyer duquel on trouve des caméras qui observent dans plusieurs longueurs d’onde, Hubble a su conquérir, en quelques années seulement, le grand public et satisfaire l’appétit des scientifiques à travers plus d’un million d’observations. Il est une de nos pupilles qui repousse les frontières de la connaissance.

Une nébuleuse revisitée

A l’occasion de cet anniversaire de prés d’un quart de siècle, la NASA et l’ESA lancent les festivités avec la publication d’une version « revue et corrigée » d’un détail de la nébuleuse de la Tête de Singe (NGC 2174). Comme son nom le suggère, son apparence générale peut évoquer grossièrement l’animal. Distant de 6 400 années-lumière, le nuage de gaz s’étend en direction de la constellation d’Orion, entre la massue brandie par le Chasseur et les pieds des Gémeaux. Soulignons cependant que cet objet n’a aucun lien de parenté avec la grande nébuleuse d’Orion (M 42) ou celle de la Tête de Cheval (Barnard 33).

compWFC2-WFC3

Déjà présentée en 2001 — imagée avec la caméra WFC2 (Wide Field Planetary Camera 2) — la voici revisitée, en partie dans l’infrarouge, avec la caméra grand champ WFC3 (Wide Field Planetary Camera 3) installé au foyer du télescope spatial en 2009.

En parcourant ce paysage cosmique d’une étourdissante beauté, notre regard s’accroche aux reliefs étiolés de cette nébuleuse à émission. Le rayonnement violent dans l’ultraviolet des étoiles les plus jeunes et massives de cette région abime et érode les monceaux d’hydrogène, une caractéristique d’ailleurs qui lui vaut d’être qualifiée de région H II (hydrogène ionisé). Dans ce malstrom qui dure depuis plusieurs centaines de milliers d’années, les parois de gaz s’effritent sous l’assaut des rafales du vent stellaire. Crevassées, les falaises s’effondrent peu à peu, abandonnant, ça et là, des îlots … Ces étoiles très chaudes soufflent sur la matière amassée depuis des millions d’années et, de fait, accélèrent la dispersion des ferments de nouvelles générations d’étoiles.

Par delà ce paysage tourmenté, nous distinguons à l’arrière-plan de multiples formes fuselées ou spiralées éparpillées qui sont autant de galaxies à des millions ou des dizaines de millions d’années-lumière de nous, dévoilées ici grâce à l’exceptionnelle acuité visuelle du télescope spatial.

Très pâle, la nébuleuse de la Tête de Singe ne fut découverte qu’en 1877 par l’astronome français Jean-Marie Edouard Stéphan (auquel on doit aussi le fameux « Quintet de Stéphan »), alors qu’il dirigeait l’Observatoire de Marseille.

Crédit photos : NASA/ESA/Hubble Heritage/STScI-AURA/DSS2.

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