Gros plan sur le vortex du pôle sud de Vénus

La sonde Venus Express qui a confirmé, dès son arrivée en 2006, l’existence d’un vortex au pôle Sud de Vénus témoigne de ses changements rapides corrélés à l’hyperotation de l’atmosphère de la planète la plus chaude du Système solaire.

Nous la croisons souvent du regard, lors du crépuscule du soir ou du matin et nous avons coutume de l’appeler étoile du berger. L’étincelante Vénus « est une planète qui fait partie du patrimoine culturel humain » rappelle le planétologue à l’Observatoire de Paris, Thomas Widemann, lequel confiait à l’ESA en septembre dernier que « c’est cette personnalité particulière de Vénus comme objet brillant et culturel qui m’attire finalement le plus ». Mais qui est vraiment cette planète dont la taille est équivalente à celle de la Terre ? Comment a-t-elle pu devenir cet enfer — la température moyenne à sa surface est de 450 °C — qu’on lui connait aujourd’hui alors que tout avait commencé comme pour notre planète… ? En effet,« Vénus et la Terre sont comme des planètes sœurs », explique le planétologue. « Elles ont été formées au même endroit dans le Système solaire, plus près l’une de l’autre que Mars de la Terre, avec les mêmes ingrédients primitifs, les mêmes gaz, les mêmes roches qui tournaient dans le Système solaire primitif. »
Pour tenter de répondre à ces énigmes, les scientifiques ébauchent des scénarios sur son évolution en dépouillant les données acquises par les sondes spatiales qui s’y sont successivement aventurées depuis les années 1970 (avec plus ou moins de succès). La dernière arrivée, Venus Express, en avril 2006, brille par ses réussites et les découvertes qu’elle a permis de réaliser concernant son atmosphère opaque, particulièrement riche en gaz carbonique, responsable d’un cuisant effet de serre, qui enveloppe ce monde hostile lequel, rappelons-le, tourne sur lui-même très lentement — un jour dure 243 jours terrestres ! — dans le sens des aiguilles d’une montre (c’est la seule planète dans ce cas).

vortex pôle sud vénus
L’instrument a capturé cette image du vortex au pôle Sud de Vénus, le 7 avril 2007. Les régions les plus brillantes, plus chaudes, sont à des altitudes plus basses

Au fil des explorations, les chercheurs constatent que l’atmosphère de Vénus est très agitée : en mouvement rapide à quelque 70 km d’altitude et « léthargique », en revanche, au ras du sol. « (…) il y a 8 ans, nous avions détecté des vents à 300 km/h, ce qui est très rapide, raconte Håkan Svedhem, scientifique de la mission, mais tout au long de ces années, la vitesse a augmenté. Il y a maintenant des vents à 400 km/h et on ne s’explique pas encore ce qui a pu se passer ». À ce niveau, l’épais manteau de gaz de celle qui porte le nom de l’antique déesse de la Beauté — Vénus, Aphrodite, Ishtar — tourne 60 fois plus vite que le globe lui-même (un tour en seulement 4 jours). L’été dernier, toujours dans les couches supérieures, les chercheurs ont observé, non sans surprises, des « vagues de pressions ».

Les courants d’air chauds issus des régions subtropicales de la planète remontent vers les plus hautes latitudes, poussés par les courants rapides, et s’enroulent aux pôles pour former un vortex. Celui qui est situé au nord fut imagé en 1979 par la mission Pioneer Venus tandis que celui du pôle Sud fut mal renseigné. Aussi, au lendemain de son insertion en orbite, Venus Express s’est-elle immédiatement mise à sa recherche. Sondé avec l’instrument VIRTIS (Visible and Infrared Thermal Imaging Spectrometer), le tourbillon se caractérise par un mélange de gaz chaud et froid, entouré d’un « collier » d’air frais. Au fil des mois, les planétologues ont observé que la partie centrale n’a eu de cesse de changer : en l’espace de quelques heures, son aspect est effectivement très différent, comme en témoignent les images (vidéo ci-dessus). Sa période de rotation est estimée à 44 heures.

Prolongée plusieurs fois, la mission de Venus Express s’est achevée, semble-t-il, courant décembre, par épuisement de son carburant.

Crédit photo : ESA, VIRTIS, INAF-IASF, Observatoire de Paris-Lesia, Université d’Oxford.

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