Découverte du premier astéroïde interstellaire

Les premières observations d’un objet, astéroïde ou comète, qui vient d’être découvert suggèrent qu’il vient d’une autre étoile. Si cela se confirme, ce serait le premier cas connu d’une comète ou astéroïde venu d’ailleurs. Mais d’où peut-elle venir ?

Chaque semaine, de nouvelles comètes sont découvertes alors qu’elles s’approchent ou entrent dans le Système solaire interne. Petits corps célestes glacés plus ou moins lumineux, selon l’activité de leur noyau réchauffé par le Soleil, elles ont beaucoup à nous dire sur les origines de notre Système solaire. La plupart viennent des régions les plus éloignées de notre étoile, au-delà de Neptune, à des dizaines ou des centaines de milliards de km. Certaines déboulent pour la première fois dans la région où gravitent les planètes les plus proches (les 4 planètes telluriques) du Soleil. Tandis que d’autres, à courte période, par exemple Halley ou Tchouri, sont des habituées.

Mais le 18 octobre, des astronomes ont repéré dans les sondages réalisés par les télescopes PanSTARRS 1 installés sur l’Haleakala, à Hawaï, un étrange visiteur à quelque 37 millions de km du Soleil. Baptisé d’abord C/2017 U1, puis A/2017 U 1 – un astéroïde – l’objet paraît très pressée et surtout, et c’est plutôt inhabituel, sa trajectoire montre une extrême excentricité hyperbolique (1.19). Aussi, et si d’autres observations ultérieures le confirment, « cet objet pourrait être le premier cas évident d’une comète interstellaire », a déclaré à Sky&Telescope Gareth Williams, qui codirige le MPC (International Astronomical Union’s Minor Planet Center), centre qui engrange les données des petits corps célestes.

Animation de la trajectoire de l’objet A/2017 U1 — Crédit : NASA, JPL-Caltech

D’où vient cette comète supposée interstellaire ?

La comète est très pâle (magnitude 20). De premiers calculs basés sur sa luminosité estiment pour l’instant sa taille à moins de 400 m. Elle est donc plutôt petite mais cela ne l’a pas empêchée de survivre à la chaleur du Soleil lorsqu’elle était au plus près de lui, le 9 septembre. Cela est probablement dû à sa vitesse relative. Le supposé visiteur interstellaire file en effet assez vite, à quelque 26 km/s. « Elle n’a peut-être pas eu le temps de se réchauffer suffisamment pour se briser », suggère Bill Gray, un dynamicien qui s’intéresse à elle.

La comète PanStarrs est passée dans le voisinage de la Terre, le 14 octobre dernier, à environ 24 millions de km. Et nous ne sommes pas prêts de la revoir, car elle se dirige vers l’espace interstellaire… Où sera-t-elle dans un million d’années ? À une quinzaine d’années-lumière…, et peut-être rendra-t-elle visite à d’autres étoiles.

Évidemment, cette comète supposée venue d’ailleurs aurait beaucoup de choses à nous raconter. Cela suscite beaucoup de questions : quelle est sa composition ?, est-elle similaire à celle de nos comètes ?, a-t-elle visitée d’autres étoiles ?, quelle est son étoile d’origine ?, etc. Pour l’instant, tout ce que peuvent dire les astronomes qui l’étudient est qu’elle vient de la direction de Véga (mais pas exactement), l’étoile la plus brillante de la Lyre. « C’est exactement ce que vous attendez (notre Système solaire se déplace dans la Voie lactée, en direction des étoiles de la Lyre, NDLR), il devrait y avoir plus de comètes interstellaires qui viennent de la direction vers laquelle le soleil se dirige », explique Luke Dones, du Southwest Research Institute (SwRI) à Boulder, dans le Colorado.

Dans le passé, la seule autre comète qui a été suspectée venir d’ailleurs était C/1980 E1 Bowell. Mais son excentricité (1.05) a pu être provoquée en cours de route par son passage à 35 millions de km de Jupiter. Peut-être en a-t-il été de même avec C/2017 U1 ? Les chercheurs ne l’excluent pas. L’enquête est en cours et nous devrions en savoir plus sur son histoire dans les semaines à venir.

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