Curieuse anatomie pour la comète de Rosetta

Séquence de 36 images interpolées de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, prises chacune à 20 mn d’intervalle par l’imageur scientifique Osiris. Rosetta était alors à environ 12.000 km

Sur les images prises le 14 juillet par Rosetta, les astronomes ont découvert une forme complexe et inattendue pour la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko qu’elle approche.

Les comètes sont, par nature, surprenantes et imprévisibles. Surtout lorsqu’il s’agit de suivre l’activité de leur noyau ou celle de leurs queues de gaz et de poussières (on se souvient, entre autres, des péripéties de feu la comète Ison). La comète 67P/Churyumov-Gerasimenko (ou 67P/C-G) traquée par Rosetta ne fait pas exception à la règle… En effet, sur les dernières images de la sonde spatiale prises avec la caméra OSIRIS/NAC (développée par le Laboratoire d’astrophysique de Marseille) le 14 juillet, les chercheurs ont pu constaté, non sans étonnement, que l’objet cible de la mission est un corps céleste qui apparait composé de deux noyaux. Vraisemblablement ce qu’ils qualifient de « binaire en contact ». En phase d’approche, le vaisseau était alors à quelque 12 000 km de la surface de la comète (cela équivaut à la distance qui sépare la France d’Hawaï !). Très pixellisées, les images brutes d’origine furent traitées par l’équipe scientifique via une technique nommée « sous-échantillonnage par interpolation ». Ce qui a pour effet de lisser toutes ses aspérités et adoucir sa surface. Bien entendu, nous ne tarderons pas à en savoir davantage sur ce sujet à mesure que Rosetta se rapproche. Par ailleurs, les dimensions mesurées corroborent celles obtenues il y a quelques années avec les télescopes spatiaux Hubble et Spitzer, soit approximativement 4 x 3,5 km pour les plus grandes dimensions.

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Plusieurs scénarios possibles pour expliquer sa forme

Bien que quelques cas comparables soient connus — notamment la comète 103P/Hartley et l’astéroïde en forme d’os (25143) Itokawa —, la forme de 67P/Churyumov-Gerasimenko est, somme toute, peu commune. Pour les chercheurs du CNRS, son aspect complexe « pourrait illustrer magnifiquement le processus clé d’accrétion des petits corps qui a conduit à la formation de notre système solaire tel que nous le connaissons actuellement ». Postulant ainsi que « les deux composantes du noyau de 67P/C-G se sont probablement rencontrées à une vitesse de l’ordre de quelques mètres par seconde et conduit à leur imbrication constructive ». Dans ces circonstances, ce serait une chance merveilleuse et un privilège de pouvoir espionner ainsi, in situ, ce témoin de la genèse de notre système planétaire.

Une explication alternative suggère que sa structure soit le produit de l’influence gravitationnelle de l’un des corps les plus massifs (ou les deux), à savoir le Soleil et/ou Jupiter. A l’occasion, cette semaine, du vingtième anniversaire de la chute de la comète Shoemaker-Levy 9 dans l’atmosphère de Jupiter, les astronomes se souviennent de l’effet parfois destructeur que peut avoir la planète géante sur ces petits corps de roches et de glaces qui offrent une faible résistance.

Autres possibilités envisagées par les scientifiques : soit la comète avait jadis une forme beaucoup plus arrondie et elle aurait maigri progressivement au fil de ses pertes de glace… Ou encore, qu’un impact violent soit responsable de sa dichotomie caractéristique.

Quoi qu’il en soit, comme le souligne Fred Jansen, l’un des responsables américains de la mission : « nous voyons actuellement des images qui suggèrent une forme cométaire relativement complexe mais nous avons encore beaucoup de choses à apprendre avant de passer aux conclusions ». Le chercheur rappelle que« avec moins de 10.000 km à parcourir avant le rendez-vous du 6 août, nos questions ouvertes auront bientôt leurs réponses ».

Crédit photo : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA.

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