Autour de Saturne : Cassini sonde la plus grande mer d’hydrocarbures de Titan

Au cours de son 104e survol de Titan, Cassini a observé des « iles mystérieuses » à la surface de Kraken Mare, la plus grande mer d’hydrocarbures. Le radar a mesuré la profondeur sur une portion de cette étendue d’éthane et de méthane liquide.

Depuis son arrivée, il y a 10 ans, dans le système de Saturne, Cassini nous a révélé des caractéristiques de la planète géante et de ses lunes, insoupçonnées jusque là. Nous avons beaucoup appris de Titan (5 149 km de diamètre), deuxième plus grand satellite naturel du système solaire, à travers Huygens qui s’était posé à sa surface en janvier 2005 et bien sûr les quelque 106 survols déjà accomplis par la sonde spatiale américano-européenne (ESA, NASA).

À la surface de ce monde glacial — la température moyenne est de – 180 °C —, enrobé d’une épaisse atmosphère, certaines régions de l’hémisphère nord, sont recouvertes de vastes nappes d’hydrocarbures. Kraken Mare est le nom de la plus grande de ces mers d’éthane et de méthane liquide. Des clichés datant du 21 août 2014, réalisés lors du 104e survol de l’orbiteur, ont révélé la présence de deux taches lumineuses, invisibles auparavant, et interprétées comme pouvant être « des vagues ou quelque chose de plus solide » ainsi que l’a exprimé Jason Soderblom, chercheur au MIT et membre de l’équipe scientifique de Cassini. Surnommées « îles magiques » (Magic island), elles furent remarquées pour la première fois dans la mer voisine de Ligeia Mare, en juillet 2013. Une nouvelle campagne d’observation est prévue pour janvier 2015. Quant à celles du 21 août, les chercheurs ont eu le loisir de les étudier avec le radar de Cassini et dans deux longueurs d’onde différentes à travers l’instrument VIMS (Visible and Infrared Mapping Spectrometer). Pour eux, il s’agirait bien d’ondulations sur la surface liquide voire d’îlots de débris flottants.

profondeur de Kraken Mare sur Titan
Mesures altimétriques réalisées par le radar de Cassini au-dessus de l’estuaire d’un fleuve qui se jette dans la mer d’éthane et de méthane liquide, Kraken Mare. À l’emplacement des trois cercles bleus, la profondeur a été évaluée à respectivement, 27, 33 et 30 mètres

En balayant sur environ 200 km, d’un rivage à l’autre, un estuaire situé à l’est de Kraken Mare, à l’embouchure d’un fleuve en crue, le radar de la sonde spatiale a relevé une profondeur de 20 à 30 mètres sur une portion de 40 km (voir image ci-dessus). Ailleurs, au sein de cette vaste mer, l’absence d’écho radar traduirait une profondeur importante comme le suggère par ailleurs, les pentes abruptes qui bordent cette étendue d’hydrocarbures. L’hypothèse alternative serait que le signal soit simplement absorbé par les grands volumes d’éthane et de méthane liquide.

Toujours aux hautes latitudes nord de la plus grande lune de Saturne, une troisième et plus petite mer, Punga Mare, reste à être survolé afin d’évaluer à son tour, sa profondeur. Les observations sont prévues pour janvier 2015. Ce sera la dernière fois que Cassini réalise cette expérience, mais c’est loin de clore l’exploration des mondes de Saturne. Rappelons que la mission, dont les données ont déjà fait l’objet de plus de 3.000 publications scientifiques, est prolongée jusqu’en 2017.
L’étude a été présentée lors du meeting des sciences planétaires de l’American Astronomical Society (AAS), à Tucson en Arizona.

Crédit photo : NASA, JPL-Caltech, ASI, Cornell

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