L’astéroïde qui a tué les dinosaures a-t-il déclenché les « trapps du Deccan » ?

Impact d'un astéroïde © James Thew via Getty Images

Est-ce l’impact de l’astéroïde qui a décimé les dinosaures il y a environ 65 millions d’années ou est-ce les écoulements massifs de lave appelés « trapps du Deccan » ? Lequel de ces deux événements est le principal responsable de l’extinction de masse du Crétacé-Tertiaire ? Les scientifiques en débattent toujours, mais pour une équipe de géophysiciens dirigée par Mark Richards, les éruptions volcaniques ont pu prendre de l’ampleur après à la chute de l’astéroïde, car celui-ci fit probablement « sonner la Terre comme une cloche ».

Pour expliquer l’extinction massive de la fin du crétacé, marquée par la célèbre disparition des dinosaures, il y a entre 65 et 66 millions d’années, les scientifiques invoquent à la fois l’impact d’un astéroïde et une séquence d’intenses éruptions volcaniques survenues à la même période, dans l’ouest de l’Inde, connues sous le nom de « trapps du Deccan ». Les deux événements ont considérablement fragilisé notre Biosphère s’accordent les chercheurs, mais beaucoup s’interrogent s’il n’y en a pas un qui soit plus responsable que l’autre ? Nul doute que le premier fut très violent et provoqua la mort brutale de millions d’êtres vivants, mais le second a vraisemblablement initié un changement climatique, qui fut en mesure de donner le coup de grâce à une part importante de la biodiversité de notre Planète, sur terre et dans les océans, sur une échelle de temps plus grande, comme l’ont suggéré de récentes études.

Curieusement, ces désastres qui eurent des répercussions globales se produisirent presque en même temps. Pour le professeur Mark Richards et son équipe de l’université de Berkeley, en Californie, la collision de l’astéroïde fit « sonner la Terre comme une cloche » et provoqua les grandes coulées de lave du Deccan. « Si vous essayez d’expliquer pourquoi le plus grand impact que la Terre a connu ces derniers milliards d’années s’est produit au cours des 100.000 ans d’épanchements massifs de lave au Deccan… les chances que cela se produise par hasard sont minuscules. Ce n’est pas une coïncidence crédible » estime le géophysicien. Cette théorie est renforcée par les résultats de leur enquête développée dans l’édition du 30 avril de The Geological Society of America Bulletin. Le chercheur précise qu’elle se distingue d’une hypothèse émise dans le passé, qui suggérait aussi que les trapps du Deccan furent réveillées par l’impact de l’astéroïde, et qu’il s’était produit aux antipodes. Or, la découverte du cratère de Chicxulub, dans la péninsule du Yucatan, place — à l’époque — le Deccan à 5.000 km de l’antipode de l’astroblème. La proposition fut donc abandonnée.

Pour l’équipe, on la vu, c’est plus qu’une coïncidence que les écoulements de lave datent de la même période que l’impact et furent aussi contemporains de l’extinction massive la plus récente dans l’histoire de la Terre. Mark Richards qui, en 1989, proposait que des « panaches » croissent dans le manteau terrestre tous les 20 à 30 millions d’années et provoquent de gigantesques coulées de lave comme celles susnommées, rappelle que le groupe de son collègue Paul Renne, avait montré il y a quelques années « que la Province magmatique centre atlantique est associée à l’extinction du Trias/Jurassique, il y a 200 millions d’années, que les trapps de Sibérie sont associées à celle de la fin du Permien, il y a 250 millions d’années, ajoutant que l’on sait aussi maintenant qu’une grande éruption volcanique en Chine appelée trapps d’Emeishan est associée avec l’extinction de la fin de la période Guadeloupéenne (milieu de Permien, NDLR), il y a 260 millions d’années. Ensuite vous avez les éruptions du Deccan — qui comprend les plus grandes coulées de lave cartographiées sur Terre — qui se sont produites il y a 66 millions d’années et coïncident avec l’extinction massive du KT (Crétacé-Tertiaire, NDLR). Que s’est-il donc passé à la limite KT ? ».

Coauteur de la présente étude et directeur du Berkeley Geochronology Center, le professeur Paul Renne avait déterminé, il y a deux ans, que l’impact et l’extinction de masses étaient presque simultanés, et se produisirent durant les quelque 100.000 ans des plus grands écoulements de lave des « trapps du Deccan ». Désignés sous-groupe Wai, ils sont à l’origine de quelque 70 % de l’étendue couverte, entre Mumbai et Calcutta. Les chercheurs se sont aussi référés à l’étude de leur collègue Michael Manga, autre contributeur, qui montre que les séismes majeurs de magnitude 9 ou supérieurs — à l’instar de celui dit de Tohoku, au Japon en 2011 —, peuvent raviver des volcans de la même région. En supposant que la chute de l’astéroïde dans le Yucatan fit trembler toute la Terre avec une magnitude équivalente, voire même plus élevée, le géophysicien avait démontré que l’énergie était alors suffisante pour réchauffer les basaltes du Deccan ajoutant que cela a pu aussi déclencher des éruptions dans de multiples endroits du globe… « Il est inconcevable que l’impact ait pu fondre des roches situées très loin de l’astroblème, explique le professeur Manga, mais si vous avez un système qui possède déjà du magma et que vous lui donnez un petit « coup de pied » supplémentaire, cela pourrait produire une grosse éruption ».

trapps du deccan
Empilement de couches de laves datant de 66 millions d’années, situées près de la ville de Mahabaleshwar, en Inde. Avec le volume des écoulements des « trapps du Deccan », il serait possible de recouvrir entièrement la Californie sur une épaisseur de 1,6 km (1 mile) © Mark Richards

La composition chimique des laves, différentes avant et après l’événement de Chicxulub, renforce cette théorie défendue par leurs auteurs. « Il y a une profonde rupture dans le style d’éruptions, les volumes et leurs compositions » assure Paul Renne. Aussi une question s’impose : « est-ce que cette discontinuité est synchrone avec l’impact ? ».

Lors de leur déplacement en Inde, il y a un an, pour collecter et étudier des échantillons de lave de cette période, l’équipe a repéré des « terrasses » abimées dans la partie ouest de la chaine de montagnes Ghats, qui marquent le début d’un important épanchement du sous-groupe Wai. Pour les chercheurs, elles témoignent d’une « période de repos » du volcanisme du Deccan, antérieure à l’impact de l’astéroïde.

Il y a quelques semaines, après que l’article fut accepté, précise le communiqué de presse de Berkeley, une équipe de l’université de Princeton a publié une nouvelle datation radioisotopique des basaltes du Deccan qui est en accord avec les prédictions de la théorie de Mark Richards.

L’auteur principal de ces travaux conclut : « C’était un système volcanique massif qui existait probablement depuis des millions d’années et l’impact lui a donné une secousse et mobilisé d’énormes quantités de magma sur une courte période de temps. La beauté de cette théorie est qu’elle est très vérifiable, car elle prédit que soit vous avez l’impact et le début de l’extinction au cours des 100.000 ans, soit la fin des éruptions massives…».

Mark Richards
Mark Richards, lors d’un prélèvement d’échantillons de lave datant des éruptions des « trapps du Deccan ». © Paul Renne
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