Nouveaux arguments en faveur de l’existence passée d’un océan sur Mars

Arcadia Planitia
Traces supposées d’un océan passé sur Mars : blocs rocheux éparpillés sur de vastes étendues dans la région d’Arcadia Planitia ; image prise par la caméra haute-résolution HiRISE de la sonde spatiale MRO

Les caractéristiques géologiques observés dans les plaines du nord sur Mars renforcent l’hypothèse qu’un océan recouvrait un tiers de la planète, il a de cela environ 3,2 milliards d’années.

Qu’il y ait de l’eau sur Mars, plus personne n’en doute aujourd’hui (de la glace d’eau en grande partie réfugiée aux pôles et dans son sous-sol) ; que des fleuves et des rivières aient un jour coulé à sa surface, remplissant lacs et mers, l’hypothèse n’est plus une chimère tant les preuves s’accumulent ; enfin, que la planète rouge fût jadis recouverte d’un vaste océan est une idée caressée par des chercheurs depuis environ quatre décennies. Notamment depuis la campagne d’observations de la sonde spatiale Viking Orbiter, ambitieuse mission d’exploration de la planète rouge au tournant des années 1970-1980. Beaucoup ont suggéré, en effet, que certains terrains situés près du pôle Nord furent jadis des rivages océaniques. Le débat houleux suscité par ces propositions fut très controversé et n’est pas encore tranché, faute de preuves définitives.

Loin d’être close, l’affaire est relancée par une étude récente de Lorena Moscardelli (Université du Texas) publiée dans le journal de la Société Géologique d’Amérique (Geological Society of America). La géologue y apporte de nouveaux arguments qui renforce l’hypothèse de l’existence passée d’une grande masse d’eau qui aurait remplie la majorité des plaines de l’hémisphère nord de Mars. Un vaste océan, surnommé « Oceanus Borealis », qui aurait taché de bleu environ un tiers de la surface de la quatrième planète du système solaire (en orbite sur les marges de la zone habitable), voici plus ou moins 3,2 milliards d’années (fin de l’Hespérien, début de l’Amazonien).

Pour son enquête, la scientifique a examiné les images détaillées fournies par la caméra HiRISE de Mars Reconnaissance Orbiter où l’on distingue plusieurs étendues de l’hémisphère boréal martien tapissées de rochers. Pour expliquer leurs distributions et positions dans l’espace, elle suggère que, à l’instar de ce qui s’est produit — et se produit encore — au fond des océans terrestres, d’anciens glissements de terrain sous-marins sur Mars furent à l’œuvre pour les déplacer. « Nous savons que les glissements de terrain sous-marins peuvent transporter de gros rochers — aussi gros que des maisons — sur des centaines de kilomètres dans les eaux profondes des océans terrestres », rappelle t’elle en mentionnant plusieurs sites analogues connus comme ceux du sud de l’Arkansas, le bassin de Santos au large du Brésil, la formation Guandacol dans le bassin argentin de Pangazo. Sans omettre celui qui, il y a un million d’années, affecta des milliers de kilomètres carrés de terrains sous la surface de la Mer de Bahrein en Russie.

déplacements de rochers par glissements de terrains sous-marins sur Terre
Exemples terrestres connus d’anciens déplacements de rochers par glissements de terrains sous-marins, ici dans l’Arkansas

A ceux qui défendent l’idée que l’éparpillement de ces rochers serait le produit d’impact de météorites ou d’astéroïdes, Lorena Moscardelli s’interroge « comment, expliquer alors ces champs de rochers qui couvrent des centaines de kilomètres carrés sans aucun cratère d’impact dans les environs ? » Pour elle, « l’hypothèse sous-marine fournit une alternative possible ». Cependant, comment expliquer que les deux lignes de côtes mises en évidence prés du pôle Nord par Viking varient autant en altitude d’après les dernières données collectées ? Par une possible oscillation de l’axe de rotation de Mars, suggère la géologue qui se souvient de recherches à ce sujet publiées en 2007.

Séduisante, son hypothèse soutenant l’existence d’un océan dans le passé de Mars ne manque pas d’arguments solides. Toutefois la géologue préfère rester « prudente et humble » : « nous avons toujours besoin d’en apprendre davantage avant de pouvoir être confiants sur ce qui peut être vrai ou faux ». Évoquant les sondes sismiques très utilisées pour la prospection marine du gaz et du pétrole, Lorena Moscardelli regrette qu’il n’y ait pas beaucoup d’échanges avec ses collègues de l’industrie.

Crédit photo : NASA/JPL/University of Arizona et Roger Slatt, Lorena Moscardelli

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