40 ans de Voyager 1 et 2 : un voyage sans fin pour les sondes les plus éloignées de la Terre

Une touche vintage et disco pour cette affiche fêtant les 40e anniversaires du lancement de Voyager 1 et 2 — Crédit : NASA, JPL-Caltech

Cela fait 40 ans que la sonde Voyager 1 a quitté la Terre. C’était un peu plus de deux semaines après sa jumelle Voyager 2. Alors que la première vogue dans l’espace interstellaire depuis déjà quelques années, la seconde ne devrait plus tarder à franchir cette porte. Les deux engins spatiaux, les plus éloignés de l’humanité, ont permis de grandes découvertes qui ont redessiné le Système solaire et les planètes géantes visitées. Emportant avec eux des témoignages de la vie sur la Planète bleue, Voyager 1 et 2 sont des traces de l’humanité fonçant dans la Galaxie. Un voyage sans fin.

Jamais engins spatiaux construits par l’Homme n’ont été si éloignés de son berceau — un point bleu pâle (pale blue dot) dans l’océan interplanétaire —, la Terre. Ce 5 septembre 2017, la sonde Voyager 1 fête les 40 ans de son lancement du Centre spatial Kennedy en Floride. Un peu plus tôt, le 20 août dernier, c’était son jumeau Voyager 2 qui célébrait aussi le 40e anniversaire de son départ. Et depuis, que de chemin parcouru à travers le Système solaire et au-delà… Et bien sûr, que de découvertes !

L’impact de ces deux pionnières de l’exploration spatiale, de constructions robustes et partiellement toujours en fonctionnement, est considérable. Sur le plan scientifique bien sûr — elles ont élargi nos horizons et nos connaissances sur les quatre planètes géantes et leurs satellites — et aussi par l’expérience de leur navigation. En effet, elles n’ont cessé d’insuffler les missions des décennies suivantes comme par exemple Cassini, autour de Saturne, ou encore plus récemment Juno, autour de Jupiter.

Enfin, il ne faut pas oublier que les deux sondes ont a aussi une résonance culturelle, ayant inspiré nombre de cinéastes, écrivains, musiciens et artistes depuis 40 ans… Voyager 1 et 2 ont laissé leurs empreintes sur l’humanité, et sont aussi une trace d’elle laissée dans l’univers — elles renferment des enregistrements vidéos et sonores des habitants de la Planète et de toute sa biosphère qui voyage pour l’éternité (ou presque) dans la Galaxie… Des « capsules de temps circulaires qui pourraient un jour être les seules traces de la civilisation humaine », écrit la Nasa.

L’odyssée de Voyager dans le Système solaire — Crédit : NASA

Où va Voyager 1 ?

En quatre décennies, Voyager 1 a arpenté 20,8 milliards de km, à une vitesse moyenne de 17 km/s (plus de 61.000 km/h) par rapport au Soleil dont elle s’en éloigne en direction de Gliese 445 (17,6 années-lumière du Soleil), une petite étoile de la constellation de la Girafe. La sonde passera dans la banlieue de la naine rouge, à 1,7 année-lumière, dans quelque 40.000 ans, sans s’arrêter. La route se poursuivra pour elle et sa jumelle, qui elle vogue dans une autre direction, quasiment pour toujours…, à moins qu’elle ne soit un jour interceptée, voire détruite par un éventuel obstacle dans un système lointain. Autrement, la sonde aura bouclé son premier tour de la Voie lactée dans 225 millions d’années ! Mais serons-nous encore là pour la récupérer ?

En août 2012, Voyager 1 est officiellement devenu le premier vaisseau d’origine terrestre à pénétrer dans l’espace interstellaire. Est-elle pour autant sortie du Système solaire ? Si l’on considère que celui-ci comprend tous les corps soumis à l’attraction gravitationnelle du Soleil, la réponse est non. Il y a encore beaucoup de route à faire (actuellement, Voyager 1 n’est qu’à 140 unités astronomiques ; ça paraît beaucoup mais ça ne représente que 19 heures et 21 minutes-lumière). Pour autant, le vaisseau rencontre depuis 5 ans un environnement cosmique différent de celui dans lequel baignent les planètes qu’il a visitées. Tout indique en effet qu’il est sorti de l’héliosphère, la bulle de vent solaire qui enveloppe le Soleil, et navigue désormais dans la bulle locale, un milieu où il est confronté à quatre fois plus de rayons cosmiques. Bien protégée, la sonde ne craint rien. Ses concepteurs sont confiants. On peut imaginer l’excitation des chercheurs qui obtenaient pour la première fois des informations directes sur ce milieu. C’est comme se retrouver tout à coup face à l’océan et pouvoir en tâter l’eau.

De son côté, son frère Voyager 2 qui vogue vers le sud du plan des orbites des planètes autour du Soleil — il est actuellement à 17,2 milliards de km — n’est pas encore entré dans le milieu interstellaire. Mais les chercheurs savent que ça ne saurait tarder. C’est une question d’années.

Presque toutes les planètes du Système solaire figurent sur cette vue d’ensemble, la première jamais réalisée. Les images qui composent ce « portrait de famille du Système solaire » ont été prises par Voyager 1 le 14 février 1990 à plus de 6,4 milliards de km de la Terre. Notre planète a alors été surnommée par Carl Sagan pale blue dot, et c’est en effet, vue d’aussi loin, un petit point mesurant 0,12 pixel. Plusieurs d’entre nous étaient sur cette photo quand elle a été prise, l’une des plus célèbres de la mission et aussi la dernière — Crédit : NASA, JPL-Caltech

Les principales découvertes de Voyager 1 et 2

Voyager 1 et 2 ont littéralement changé notre compréhension du Système solaire. La première a eu l’occasion de visiter les deux plus grandes planètes, Jupiter et Saturne, et la seconde, les quatre géantes. Un grand tour qui a permis à l’humanité de faire de grandes découvertes et d’ouvrir ses yeux pour la première fois sur des mondes très différents les uns des autres.

La mission Voyager nous a ainsi dévoilé les volcans actifs de Io, ce qui était inédit à l’époque, fourni les premiers indices de l’existence possible d’un océan d’eau liquide sur Europe, autre lune de Jupiter, montré l’étonnante atmosphère de Titan, présenté les lunes d’Uranus et aussi les geysers de Triton, lune de Neptune. Et bien d’autres découvertes encore, sans oublier celles sur le milieu interstellaire et celles qui sont à venir.

« Aucun d’entre nous ne savait, quand nous avons lancé il y a 40 ans, que tout fonctionnerait encore et que nous poursuivrions ce voyage pionnier, raconte Ed Stone, chercheur de la mission à Caltech (Pasadena, en Californie). La chose la plus excitante qu’ils trouveront au cours des cinq prochaines années est susceptible d’être quelque chose que nous ne savions pas être là pour être découverts ». L’aventure continue… et ce n’est qu’un début !

Une autre affiche créée pour les 40 ans du lancement de Voyager — Crédit : NASA, JPL-Caltech
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