ʻOumuamua : de la glace sous une couche de matière organique

Le cas étrange et inédit de ʻOumuamua est peut-être en passe d’être résolu. Quelle est sa véritable identité ? Un vaisseau extraterrestre ? Un astéroïde ? Selon une nouvelle étude, ce premier objet interstellaire jamais découvert pourrait bien être glacé à l’intérieur. Un véritable « messager » d’un autre Système solaire.

Mais quelle est donc la véritable nature de l’objet 1I/2017 U1 ‘Oumuamua, découvert à Hawaï le 19 octobre dernier ? Les astronomes continuent de se gratter la tête. Une chose est quasiment certaine, ʻOumuamua ne vient pas de notre Système solaire, mais d’au-delà, de l’espace interstellaire. Et autre point important, très discuté ces dernières semaines depuis que son apparence particulière, très allongée (rappelons qu’il est 10 fois plus long que large) , a été dévoilée : le corps céleste sondé pendant par Seti et le programme Breakthrough Listen, ne serait pas artificiel (ils n’ont rien « entendu » qui venait de l’intérieur), comme cela a été suspecté, mais d’origine naturelle.

Mais cela ne résout pas pour autant le mystère ʻOumuamua. De quoi s’agit-il exactement ? De quoi est-il fait ? Et, bien entendu, d’où vient-il ? D’abord pris pour une comète, il a ensuite été considéré comme un astéroïde… Mais tout compte fait, d’après une nouvelle étude qui vient de paraître dans Nature Astronomy, le corps céleste serait finalement… une comète !

ʻOumuamua, une comète asséchée par les rayons cosmiques ?

Une comète qui se fait passer pour un astéroïde. Au départ, c’était donc plutôt le contraire. Mais en l’absence d’activité cométaire significative, les astronomes finirent par considérer que ce « messager venu de loin et arrivé le premier » (traduction de l’hawaïen de son nom) est vraisemblablement un astéroïde.

En s’appuyant sur des observations de la lumière du Soleil réfléchie par ʻOumuamua, réalisées avec le VLT et télescope Herschel de La Palma, Alan Fitzsimmons et son équipe concluent que l’objet venu d’ailleurs a des caractéristiques communes avec certains corps célestes des confins de notre Système solaire. Des planétésimaux riches en glace et couverts d’une couche de matière organique.

Image composite de ʻOumuamua prise le 27 octobre 2017 avec le télescope Gemini South. Ce portrait combine 192 images dans le visible et le proche infrarouge. Les astronomes ont remarqué que sa couleur est similaire à celle de Japet, lune de Saturne — Crédit : Gemini Observatory, AURA, NSF

« Nos données ont révélé que sa surface était rouge à la lumière visible mais semblait plus neutre ou grise dans la lumière infrarouge explique l’astrophysicien, ajoutant que « c’est le genre de lecture que vous attendez [l’auteur principal de cette étude a réalisé des expériences en laboratoire dans ce domaine, NDLR] d’une surface faite de glaces et de poussière cométaire qui a été exposée à l’espace interstellaire durant des millions ou des milliards d’années ».

La surface de ce morceau de glace errant dans la galaxie depuis peut-être des milliards d’années aurait donc été asséchée par les rayons cosmiques. Et les réactions chimiques crées par ceux-ci auraient progressivement formé une croute rougeâtre riche en matière organique qui, pour ʻOumuamua, serait épaisse de 50 cm. Une sorte de cuirasse qui protégerait l’intérieur des agressions externes et expliquerait pourquoi aucun gaz ne s’en est visiblement volatilisé lors de son passage au plus près du Soleil, le 9 septembre dernier, à seulement 37 millions de kilomètres.

Des milliards de « messagers » dans la galaxie

Cette signature rouge est aussi observée sur des objets de la ceinture de Kuiper, situés au-delà de l’orbite de Neptune. L’équipe se demande d’ailleurs si ces restes de planètes situés dans les marges du Système solaire n’ont pas été « transformées de la même manière ». Et si c’est le cas, « cela implique que différents systèmes planétaires dans notre Voie lactée contiennent des planètes mineures comme la nôtre », estime l’équipe. Et ils ne sont peut-être pas très différents du nôtre. « C’est fascinant que le premier objet interstellaire découvert ressemble beaucoup à un petit monde de notre propre système. Cela suggère que la façon dont nos planètes et astéroïdes se sont formés a beaucoup de liens avec les systèmes autour d’autres étoiles. »

ʻOumuamua, messager d’une autre étoile, serait donc bien une capsule renfermant un échantillon de la formation d’un autre système. Combien y en a-t-il des comme lui dans la galaxie ? Une étude à laquelle a participé Alan Fitzsimmons et publiée cette année évalue le nombre d’objets interstellaires à 10 15 par année-lumière cubique. Tandis que ʻOumuamua s’éloigne de nous pour toujours, les nouvelles générations de télescopes devraient pouvoir en détecter d’autres « messagers » dans un futur proche.

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